WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche

Entreprises / Actions / Worldline

Entreprises / Actions
Worldline

Baptême du feu pour Pierre-Antoine Vacheron chez Worldline / Le nouveau DG face à une crise de réputation majeure

C’est une chute qui rappelle les heures les plus sombres de 2023. L’action Worldline a dévissé de 38 % mercredi après les révélations d’un réseau de journalistes européens sur des pratiques contestées dans la gestion de clients à haut risque. Une affaire qui ravive les doutes sur la gouvernance du groupe et complique la mission de redressement de son nouveau directeur général.
Pierre-Antoine Vacheron, le directeur général de Worldline
Pierre-Antoine Vacheron, le directeur général de Worldline

Le nouveau directeur général savait que sa tâche serait ardue, mais sans doute pas à ce point. Quatre mois après son arrivée à la tête de Worldline, Pierre-Antoine Vacheron a vu mercredi l’action du groupe s’effondrer de 38 % en Bourse, après la publication d'une enquête du consortium de journalistes européens EIC mettant en cause les pratiques de la société dans la gestion de clients à haut risque. Une chute brutale, toutefois suivie d’un léger rebond jeudi matin, les investisseurs semblent prendre la mesure d’un risque perçu avant tout comme réputationnel.

Les accusations relayées dans la presse sont lourdes : des milliards d’euros de transactions illicites sur dix ans, impliquant des acteurs du jeu illégal, de la pornographie ou encore de réseaux de blanchiment présumés. L'enquête se concentre essentiellement sur les activités passées de la filiale belge du groupe. Selon Le Soir, des centaines de clients "véreux" auraient bénéficié d’une complaisance coupable, dans un cadre de contrôle interne qualifié de défaillant, parfois ajusté seulement à la demande de réseaux de cartes comme Visa.

 

Rien de totalement nouveau

 

L’affaire n’est pas sans rappeler certains éléments déjà évoqués par le groupe lui-même à l’automne 2023. Lors d’un avertissement sur résultats mémorable – l’action Worldline avait alors plongé de 60% - la société avait indiqué avoir mis fin à des relations commerciales jugées trop risquées, évoquant "l’émergence de comportements frauduleux" et un durcissement des contraintes réglementaires. L’impact de cette décision avait été chiffré à quelque 130 millions d’euros de chiffre d’affaires en année pleine. Elle traduisait un changement d’appétence au risque de la part du groupe, qui faisait face à une pression croissante de ses partenaires.

Le communiqué publié par Worldline, en réponse aux révélations de presse, s’inscrit dans cette continuité et reprend les mêmes éléments de langage. Le groupe y rappelle avoir renforcé son cadre de gestion des risques dès 2023, mené une revue approfondie de son portefeuille de commerçants à haut risque ("High Business Risk"), et mis fin aux relations non conformes. Ce portefeuille ne représenterait plus que 1,5 % des volumes traités. Les clients encore actifs font désormais l’objet de contrôles renforcés, dans le cadre d’une stratégie globale de lutte contre la criminalité financière. "Une tolérance zéro est appliquée", affirme la direction.

Ces précisions, communiquées en amont de la séance de mercredi, n’ont pas empêché la valorisation boursière du groupe de tomber à un niveau plancher, autour de 800 millions d’euros, du jamais vu pour un acteur autrefois membre du CAC 40. Un seuil critique qui fragilise désormais sa place au sein du SBF 120.

 

Quand la confiance vacille

 

Il faut dire que dans un secteur aussi régulé que celui des paiements, la moindre faille perçue dans les dispositifs de conformité peut suffire à éroder brutalement la confiance du marché. "La jurisprudence Wirecard appelle à la prudence", résument les analystes d’Invest Securities, en référence au scandale retentissant du groupe allemand de paiements, disparu il y a quelques années après la révélation d’une fraude comptable massive.

Les accusations visant Worldline ne sont en rien comparables à celles qui avaient conduit à la chute de Wirecard. Mais leur simple évocation a suffi à provoquer une onde de choc. Dans un secteur où la confiance constitue un actif clé, le doute, même infondé, peut avoir des conséquences immédiates.

Le risque réglementaire est difficile à évaluer. Dans le scénario le plus défavorable, Worldline pourrait être tenu pour responsable de manquements à ses obligations de conformité, voire accusé de complicité de fraude. Pour l’heure, toutefois, ni les articles de presse ni les communiqués officiels ne font état de la moindre procédure judiciaire en cours contre le groupe ou l’une de ses filiales.

Face à l’ampleur de la crise, Pierre-Antoine Vacheron a dénoncé mercredi soir, lors d’une réunion avec les analystes et les médias, une campagne médiatique au récit "clairement inacceptable pour les actionnaires, les clients et les employés". Reste que le risque principal, à ce stade, est d’abord d’ordre réputationnel.

 

Une exposition opérationnelle limitée

 

D’un point de vue purement opérationnel, le danger reste contenu. Les opérations concernées ne représentent plus qu’une fraction résiduelle du périmètre commercial, depuis les mesures de nettoyage engagées dès 2023. L’affaire qui explose aujourd’hui sur la place publique concerne donc un sujet que le groupe a commencé à traiter il y a déjà deux ans. Mais sa résurgence médiatique complique évidemment toute perspective de relance. "La probabilité d’un redressement rapide paraît de plus en plus faible", remarquait mercredi le cabinet de recherche indépendant AlphaValue.

Et la séquence s’annonce d’autant plus difficile que la société, qui avait déjà suspendu ses prévisions en avril, s’apprête à publier un premier semestre morose : chiffre d’affaires en recul, Ebitda en baisse marquée, flux de trésorerie sous pression. La publication des résultats est prévue pour le 30 juillet.

Pierre-Antoine Vacheron, qui devait déjà s’atteler à reconstruire une trajectoire de croissance, se voit désormais contraint de restaurer d’urgence la crédibilité du groupe. Sa parole sera très attendue à la fin du mois, mais surtout à l’automne, lors de la présentation du nouveau plan stratégique.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article