Chroniques / Jean-Baptiste Noé
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Jean-Baptiste Noé
Chronique
Ukraine : après la paix
par Jean-Baptiste Noé
Le projet de plan de paix pour l’Ukraine progresse entre les différentes parties. Mais, quel que soit le texte final, le futur de l’Ukraine et de la Russie apparaît compliqué. Gérer les années d’après-guerre sera le grand défi de Kiev et de Moscou.
Les violons de la paix semblent s’accorder entre chacune des parties prenantes du conflit. Reste à régler les territoires qui seront contrôlés par la Russie, les conditions des garanties de sécurité, le financement de la reconstruction de l’Ukraine. Entre le plan proposé par Donald Trump et celui avancé par les Européens, les différences sont faibles. Lors d’une conférence de presse donnée au Kirghizistan jeudi 27 novembre, Vladimir Poutine a lui-même annoncé que l’accord était assez proche. Aura-t-on la paix pour Noël ? Ce serait le plus beau cadeau pour les Ukrainiens. Mais après la signature de l’accord, d’autres difficultés vont surgir, et notamment le passage d’un pays en guerre à un pays en paix.
Ukraine : le défi de la reconstruction
La reconstruction de l’Ukraine sera autant matérielle que morale. Il faudra restaurer les villes rasées et les bâtiments détruits, ce qui nécessite des capitaux et du temps, mais ce qui est finalement le plus simple à mener. La reconstruction la plus difficile sera morale. La réintégration des soldats dans la vie civile, le soin apporté aux mutilés physiques, aux blessés psychologiques, la gestion des veuves et des orphelins. Cette reconstruction démographique sera délicate et longue.
Kiev devra également reconstruire son système politique par la mise en place d’élections libres, dans "les 100 jours" selon le plan américain. Ce qui suppose le rétablissement d’une vie démocratique, avec des médias libres, des partis d’opposition, des débats et des droits de regard sur la conduite de la guerre, sur ceux qui en ont profité, sur la corruption qui gangrène toujours le pays. Mais Kiev est déjà inséré dans les relations internationales et pourra aisément reconstruire son industrie, faire revenir des forces vives, attirer des capitaux et des professionnels étrangers. Si le pays a lourdement souffert de la guerre, l’Ukraine a plus d’atouts que la Russie pour assurer sa reconstruction.
Russie : le temps des incertitudes
Certes, sur le terrain, Moscou pourra crier victoire. Mais quelle victoire ? La Russie va se voir légitimée sur des territoires qu’elle contrôle de fait depuis 2014 : la Crimée et une partie du Donbass via la sécession organisée.
La plus grande incertitude pèse sur son économie. Difficile d’avoir des données fiables tant les informations sont contrôlées et verrouillées. Ce qui est certain, c’est que la Russie est frappée par une forte inflation, corollaire de la croissance des dépenses publiques, et par un manque de main-d’œuvre, conséquence des réquisitions pour le front et des exils pour éviter la guerre. Moscou se voit privé d’une grande partie de ses forces vives, d’une jeunesse formée et éduquée qui n’a pas voulu se rendre sur le front ukrainien, qui est partie en Occident, et qui ne reviendra pas. L’économie, dopée à la dépense publique pour produire munitions et armements, va devoir effectuer un retour à la normale qui va s’avérer douloureux, surtout si le cours du pétrole baisse.
Selon les différents plans proposés, la Russie devrait réintégrer le G8. Mais, depuis 2022 sa dépendance à la Chine s’est accrue et toute l’Asie centrale, qui fut son "étranger proche", a basculé vers l’Europe de peur d’une invasion. Ailleurs dans le monde, la Russie a démontré sa fragilité : perte de la Syrie, échecs en Afrique où les juntes soutenues par Wagner sont en pleine déliquescence. Les années qui viennent vont être difficiles, d’autant que la paranoïa du régime et des dirigeants n’a fait que croître au cours de ces années de guerre. La corruption conduite par le FSB et les cadres du régime, non content d’instaurer une situation de terreur et, souvent, de racket, empêche le développement économique et l’installation des entreprises étrangères. La Russie contrôle près de 25 % de l’Ukraine, mais, pour elle, ces années d’après-guerre vont se révéler dangereuses et délicates à gérer.
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