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Le nouveau pari stratégique d'Alexandre Bompard sévèrement sanctionné en Bourse / De la continuité et de la rupture qui ne séduisent pas

À peine le plan « Carrefour 2030 » dévoilé, l’action de l’enseigne a décroché en Bourse, propulsant le distributeur en lanterne rouge du CAC 40 ce mercredi midi. Son président-directeur général, Alexandre Bompard, a pourtant voulu incarner l’offensive : recentrage sur trois marchés piliers, accélération des franchises, objectifs chiffrés de parts de marché et pari assumé sur l’intelligence artificielle. Mais après des résultats 2025 en demi-teinte et des promesses financières jugées peu audacieuses, l’heure était à la sanction chez les investisseurs.

18/02/2026 - 14:45
Alexandre Bompard (BERTRAND GUAY / AFP)
Alexandre Bompard (BERTRAND GUAY / AFP)

Chez les grands groupes, la tradition veut qu’un nouveau plan stratégique commence par le bilan du précédent. Mercredi matin, chez Carrefour, Alexandre Bompard a choisi un autre tempo : pas de long regard dans le rétroviseur, mais un saut direct vers l’avenir.

Le président-directeur général du groupe, reconduit jusqu’en 2029 pour continuer de redresser le groupe qu’il dirige depuis neuf ans, est monté sur scène pour présenter directement « Carrefour 2030 ». « Permettez-moi d’évoquer l’état d’esprit qui a inspiré cette nouvelle feuille de route stratégique. À commencer par ma décision de poursuivre ma mission à la tête de Carrefour. Lorsque le conseil d’administration m’a fait l’honneur de me proposer de renouveler mon mandat, je me suis posé une question de principe. Je me suis demandé si je conservais l’esprit de combat et d’innovation. La capacité non seulement d’amplifier ce qui avait fonctionné, mais aussi de changer ce qui n’avait pas marché. Carrefour 2030 assume des lignes de continuité avec ce que nous avons entrepris depuis 2018. Le développement de la franchise, de nos formats de croissance, de notre marque distributeur, le travail inlassable sur les coûts […]. Carrefour 2030 a aussi ses points d’inflexion, voire de rupture. Pour la première fois, un objectif chiffré de conquête de parts de marché […] », a-t-il déclaré.

 

Des analystes déjà pas franchement convaincus

 

Le nouveau plan acte en effet un recentrage assumé sur ses trois marchés clés - France, Espagne, Brésil – concentrant 85 % du chiffre d’affaires du groupe et 99 % du résultat opérationnel (2,1 milliards d’euros en 2025, en recul de 5,4 % sur un an et + 2,2 % hors Cora et Match). Objectif : gagner des parts de marché de manière régulière. Carrefour vise désormais officiellement 25 % en France, 20 % au Brésil et le renforcement de sa position de numéro deux en Espagne.

Côté performances, Carrefour s’est fixé comme ligne de conduite la poursuite du plan d’économies de coûts avec un objectif de 1 milliard d’euros par an, une marge de résultat opérationnel courant (ROC) de 3,2 % en 2028 et de 3,5 % en 2030, une génération de 5 milliards d’euros de cash-flow libre net cumulé entre 2026 et 2028 
et une politique de dividende de 50 à 60 % du résultat net ajusté par action.

Pas de quoi néanmoins impressionner les sociétés d’analyses financières, Oddo BHF jugeant par exemple : « si nous saluons le recentrage stratégique, les objectifs sont inégaux et l’allocation du capital modérément attractive, laissant entendre une priorité au M & A, alors que l’exécution de Cora et Match a été complexe et a pesé plus que prévu ».

 

Des résultats 2025 en demi-teinte

 

Déjà la publication des comptes 2025, ce mardi soir, avait refroidi l’enthousiasme. L’année dernière, le chiffre d’affaires TTC a progressé de 2,8 % à données comparables, à 91,48 milliards d’euros. En France, où Carrefour détient 21,4 % du marché alimentaire, les ventes avancent de 0,4 % et le ROC atteint 1,1 milliard d’euros (+ 11,3 %, hors Cora et Match). L’Espagne affiche + 1,9 % de croissance du chiffre d’affaires. Mais au Brésil, le ROC recule à 709 millions d’euros contre 764 millions un an plus tôt.

Si bien que le titre Carrefour faisait figure de lanterne rouge du CAC 40 ce mercredi à 14 heures avec un recul de 7,63 %. Pour mémoire, si le cours de Bourse est certes en hausse de près de 4,27 % sur un an, à 14,45 euros, il reste encore bien loin de ses niveaux historiques et en baisse de 10 % depuis la présentation de "Carrefour 2026" en novembre 2022.

 

Accélération des franchises

 

Pour atteindre ses nouveaux objectifs, et alors qu’il y a quatre ans, Carrefour misait notamment, pour lutter contre l’hyperinflation, sur le discount et ses marques propres représentant désormais près de 40 % de son chiffre d’affaires alimentaire – Carrefour 2026 était censé lui apporter un cash-flow libre net supérieur à 1,7 milliard d’euros à horizon 2026, il est ressorti à 1,56 million ce mardi soir hors cession de sa filiale en Italie -, Alexandre Bompard voit deux nouvelles dynamiques s’imposer. D’abord, le grand retour du magasin : 70 nouvelles ouvertures d’Atacadao sont prévues au Brésil d’ici 2030 ainsi que 1 000 points de vente en France et 750 en Espagne.

En parallèle, et point commun avec Carrefour 2026, l’expansion de la franchise sera accélérée à l’international tandis que la location-gérance sera portée à un rythme de transferts de 40 magasins par an. « Nous devons garder le cap et nous passons donc 15 hypermarchés en location-gérance en 2026. Nous le ferons dans le cadre d’une clause sociale améliorée grâce à une renégociation en cours. Qu’elle soit offensive pour l’expansion ou défensive pour certains hypermarchés en difficulté, la franchise demeure l’un des grands acquis du précédent plan stratégique et nous n’en dévierons pas », a affirmé Alexandre Bompard.

Sur le e-commerce, Carrefour souhaite atteindre 40 % du marché de la livraison en France à domicile et 20 % du marché du drive. Au Brésil, il doublera la taille du e-commerce d’Atacadao.

 

Le pari assumé sur l’IA

 

Deuxième grand virage : l’intelligence artificielle (IA). Avec 10 milliards de transactions annuelles, le groupe revendique une base de données unique pour personnaliser la relation client et développer des revenus adjacents (services financiers, retail media). « L’IA est un des grands paris stratégiques de Carrefour 2030. J’assume cette idée de pari, car nous ne sommes pas encore capables de quantifier avec exactitude les gains de cette révolution. Mais nous savons qu’ils seront massifs à horizon 2030 », a assuré Alexandre Bompard, revenant sur l’annonce, ce mercredi, d’un partenariat avec Vusion. « À l’instar de Walmart, qui a implémenté cette technologie avec à la clé une performance exceptionnelle, Carrefour devient le premier distributeur en Europe à déployer un dispositif complet alliant caméras, étiquettes électroniques, rails connectés et intelligence artificielle pour traiter les nœuds opérationnels de nos magasins. Nous allons déployer ce réseau avec trois objectifs très concrets : détecter les ruptures pour avoir des rayons toujours pleins, contrôler les prix sur les étiquettes pour assurer la cohérence entre la caisse et le rayon et faciliter la préparation des commandes e-commerce grâce à la géolocalisation des produits », a-t-il détaillé.

Au total, Carrefour prévoit d’allouer à la réussite de son nouveau plan stratégique une enveloppe annuelle d’investissements de 1,8 à 2 milliards d’euros, dédiée à la modernisation des magasins, la logistique et l’IA.

 

Du changement dans la relation investisseurs

 

Mais sans doute conscient des doutes que pourraient avoir les actionnaires et les investisseurs, Carrefour promet une communication financière plus lisible : concernant le recentrage du groupe sur ses trois pays moteurs, un nouveau reporting financier sera présenté dès cette année autour de quatre segments : France, Espagne, Brésil et autres pays. « Concernant la Belgique, la Pologne et l’Argentine, désormais pilotées au sein du pôle ‘Autres Pays’, nous privilégions une gestion dynamique de nos actifs. Nous continuerons d’y travailler à l’amélioration de la performance opérationnelle tout en conservant toutes les options stratégiques ouvertes », a confirmé le président-directeur général, qui a déjà cédé la filiale de l’enseigne en Italie et a annoncé la semaine dernière son retrait de la Roumanie. Ces reportings devront permettre également une meilleure granularité sur le cash-flow distinguant les flux opérationnels et immobiliers, et une visibilité sur la valeur et l’évolution de son patrimoine immobilier aujourd’hui estimé à 14 milliards d’euros.

À noter enfin que des ateliers seront par ailleurs régulièrement organisés. Le premier se tiendra le 16 juin prochain et portera les engagements RSE. Il sera suivi en novembre par une session dédiée aux hypermarchés et par un atelier Tech en janvier 2027.

 

 

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