Professions financières
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BNP Paribas veut tirer parti de sa nouvelle dimension dans la gestion d'actifs / Un plan 2030 pour convertir la taille en performance
« La gestion d’actifs entre dans une nouvelle phase de transformation et de croissance portée par des tendances structurellement favorables en matière d’épargne et d’investissement. » En présentant mardi le plan stratégique 2030 de sa plateforme de gestion d'actifs, Sandro Pierri, directeur général de BNP Paribas Asset Management, a posé le cadre d'une ambition qui dépasse la simple intégration d'AXA IM.
Les objectifs financiers affichés en donnent la mesure - doublement du résultat avant impôt, coefficient d’exploitation ramené sous les 60 %, collecte nette cumulée d’environ 350 milliards d’euros - et traduisent une volonté plus structurante : inscrire la gestion d’actifs au cœur de la mécanique de création de valeur du groupe. Une ambition portée au sein d’Investment & Protection Services (IPS), le pôle qui regroupe les activités d’épargne, d’investissement et d’assurance. « IPS est un contributeur clé à cet objectif car il repose sur des revenus récurrents, fondés sur des commissions, et consomme peu de capital », a souligné le directeur financier Lars Machenil.
Une masse critique
Le point de bascule tient d’abord à la taille. Avec plus de 1 600 milliards d’euros d’actifs sous gestion, après l’intégration d’AXA IM, BNP Paribas Asset Management change de dimension en Europe et peut revendiquer une offre parmi les plus étendues, voire la plus étendue, du marché. « Nous sommes, je pense, le seul acteur européen à offrir une couverture complète des classes d’actifs à cette échelle », a relevé Lars Machenil. Une masse critique qui apparaît comme un prérequis dans une industrie où les flux se concentrent de plus en plus vers les plus grands acteurs, dans une logique de “winner-takes-all”.
Reste à convertir cette échelle en croissance rentable. Le plan repose sur un arbitrage clair entre moteurs traditionnels et relais plus dynamiques. Les actifs alternatifs, qui ne représentent qu’une fraction des encours mais concentrent une part disproportionnée des revenus, occupent une place centrale. « Ils représentent 50 % des revenus de l’industrie », a rappelé Sandro Pierri, directeur général de BNP Paribas Asset Management. Avec 300 milliards d'euros sous gestion, BNP Paribas entend capitaliser sur sa position de leader européen pour capter cette croissance, en s’appuyant sur la montée en puissance du private credit, de l’infrastructure ou encore de l’immobilier dans un contexte de besoins d’investissement massifs en Europe. Le groupe mise sur ses franchises historiques pour absorber des flux qui, selon les projections de BCG, progresseraient à un rythme annuel de 9 % d’ici 2029.
Recomposer la gestion liquide, accélérer sur les ETF
En parallèle, la gestion liquide est appelée à se transformer. L’enjeu n’est plus seulement de défendre des positions historiques, mais de recomposer l’offre autour de segments capables de capter les flux. « La performance est notre priorité absolue », a martelé Rob Gambi, responsable mondial des investissements chez BNP Paribas Asset Management, en soulignant que « 83 % des encours ont surperformé leurs indices de référence sur trois ans au 31 décembre 2025, sur le périmètre historique de BNP Paribas AM. » La capacité à générer de l’alpha reste le principal facteur d’attractivité dans un environnement plus sélectif.
Mais c'est sur les ETF que la direction a déployé la communication la plus offensive. Avec 58 milliards d'euros sous gestion et une croissance de 26 % en 2025, la plateforme reste encore loin des acteurs dominants. L'objectif de 100 milliards de flux nets supplémentaires sur 2026-2030 suppose le lancement de 75 nouveaux fonds et une montée en puissance sur les segments ESG, obligataire et ETF actifs, où BNP Paribas AM revendique déjà des positions de rang 2 à 5 en Europe sur les parts de marché de collecte 2025.
Un modèle intégré pour capter l’épargne
Au-delà de ces leviers, BNP Paribas met en avant la cohérence de son modèle intégré, conçu pour articuler origination, distribution et gestion. « IPS est idéalement positionné comme un intermédiaire entre les besoins d’épargne et les besoins d’investissement », a expliqué Renaud Dumora, directeur général adjoint en charge d'IPS. L’ambition est de capter une part croissante de l’épargne européenne, dans un contexte marqué par le vieillissement démographique et la montée des besoins de financement liés à la transition énergétique, technologique ou industrielle.
La crédibilité de cette trajectoire repose aussi sur un levier plus discret mais structurant, celui de l’industrialisation. Stabilisation des coûts, convergence des plateformes, recours accru à l’intelligence artificielle sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’allocation d’actifs au service client, doivent permettre d’absorber la croissance sans dégrader les marges. L’enjeu est de transformer la taille en avantage opérationnel, en faisant de la standardisation et de l’automatisation des moteurs de productivité.
Une création de valeur tirée par les synergies
L'équation financière repose en large partie sur les synergies issues du rapprochement avec AXA IM. Le groupe cible 400 millions d'euros de synergies de coûts d'ici 2029 - soit 18 % de la base de coûts combinée - et 150 millions de synergies de revenus.
Les synergies de revenus, pour les deux tiers, ne sont pas du ressort d'une conquête commerciale sur des tiers mais résultent d'opérations intra-groupe : réinternalisation des activités de middle et back-office vers BP2S, extension du partenariat de gestion avec BNP Paribas Cardif, cross-sell avec la banque de financement et d'investissement. Lars Machenil défend explicitement la qualité de cette composition : « Les deux tiers sont, d'une certaine façon, à l'intérieur du groupe, ce qui leur confère une qualité élevée. ».
Renaud Dumora, lui, inscrit l'ensemble dans une logique plus large, celle du positionnement d'IPS comme interface entre l'épargne des ménages européens et les besoins de financement de l'économie réelle. « Sa taille, la diversité de ses expertises et son intégration dans notre modèle joueront un rôle déterminant pour orienter le capital de long terme vers l'économie réelle, tout en accompagnant nos clients dans les transitions économiques, sociétales et technologiques. », a-t-il souligné.
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