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Intesa et Banco BPM se disputent Monte dei Paschi / Un duel aux multiples ramifications

La bataille pour Monte dei Paschi est lancée. Après la proposition de fusion formulée par Banco BPM, Intesa Sanpaolo a dévoilé une offre de plus de 30 milliards d'euros sur la banque toscane. Une confrontation appelée à redessiner les équilibres du secteur bancaire italien.
(Photo by Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Riccardo Milani / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

Le week-end a fait basculer la consolidation bancaire italienne dans une nouvelle dimension. Dimanche 7 juin, le conseil d'administration de Banco BPM vote à l'unanimité l'envoi d'une lettre à Monte dei Paschi pour lui proposer « d'initier un dialogue en vue de discuter et convenir d'une possible combinaison entre les deux établissements ». Le lendemain matin, avant même que MPS ait pu répondre, Intesa Sanpaolo coupe court aux spéculations en dévoilant une offre publique d'échange entièrement ficelée, avec prime, ratio d'échange, synergies chiffrées et accord de cession déjà signé. Un niveau de préparation qui laisse peu de doute sur le fait que le premier groupe bancaire italien travaillait depuis plusieurs semaines sur son projet de rapprochement avec la banque toscane.

Deux approches concurrentes, deux visions industrielles distinctes, mais une certitude : Monte dei Paschi est bel et bien l'épicentre des grandes manœuvres bancaires italiennes. Banco BPM a ouvert les hostilités en proposant une fusion entre égaux destinée à faire émerger un deuxième pôle bancaire national, « capable de concurrencer les principaux opérateurs italiens et européens », explique la banque milanaise.

L'établissement met en avant la complémentarité géographique des deux réseaux, les synergies industrielles entre leurs métiers et plus de 1,1 milliard d'euros de synergies annuelles avant impôt, dont plus de 650 millions d'économies de coûts et plus de 450 millions de revenus additionnels.

Au-delà des synergies, Banco BPM voit également dans l'opération un moyen de prendre pied dans un autre dossier stratégique du capitalisme italien : la participation de 13 % détenue par MPS dans Generali. Cette position « élargirait l'éventail des options stratégiques » du futur ensemble, souligne la banque. Elle constitue aujourd'hui l'un des principaux éléments qui attisent les convoitises autour de l'établissement siennois.

 

Le pari des métiers les plus rentables

 

Intesa Sanpaolo adopte pour sa part une approche beaucoup plus offensive. Son offre prévoit l'attribution de seize nouvelles actions Intesa pour dix actions MPS, assortie d'un paiement en numéraire d'un euro par titre, soit une prime de 12,5 % sur le cours de clôture du 5 juin. Valorisée à 30,6 milliards d'euros, elle propulserait Intesa devant UniCredit et BNP Paribas pour devenir la deuxième capitalisation bancaire de la zone euro derrière Santander.

Le groupe estime pouvoir dégager à terme près de 2,9 milliards d'euros de synergies annuelles avant impôt et porter son bénéfice net au-delà de 16 milliards d'euros en 2029, contre un peu plus de 11,5 milliards attendus dans son plan stratégique.

Derrière cette promesse de création de valeur, la logique industrielle diffère sensiblement de celle avancée par Banco BPM. « Cette offre a pour objectif stratégique de renforcer davantage le leadership européen d'Intesa Sanpaolo dans la gestion de patrimoine, la protection et le conseil », affirme le groupe dirigé par Carlo Messina. Plus qu'une simple opération de consolidation domestique, la première banque italienne entend accélérer sa montée en puissance dans les métiers à forte valeur ajoutée.

Intesa prévoit de conserver Mediobanca, ses activités de banque d'investissement, de gestion de fortune et sa participation dans Generali, tout en cédant à Unipol la marque MPS et environ 635 agences afin d'anticiper les contraintes concurrentielles.

 

Jeu de dominos

 

Au-delà du sort de MPS, c'est l'équilibre de l'ensemble du secteur bancaire italien qui se retrouve potentiellement bouleversé. Les analystes de Bank of America soulignent qu'un succès de l'offre d'Intesa pourrait également rebattre les cartes autour de BPER, la cinquième banque italienne, dont Unipol est le principal actionnaire. En effet, l'assureur doit récupérer la marque MPS et environ 635 agences dans le cadre de l'opération, avec l'intention affichée de les rapprocher de BPER. Ce changement d'échelle pourrait permettre à l'établissement de dépasser UniCredit sur certains critères de taille en Italie. Une telle évolution pourrait pousser la banque dirigée par Andrea Orcel à réexaminer ses propres options stratégiques sur son marché domestique.

Le scénario défendu par Banco BPM dessinerait ainsi un paysage bancaire plus équilibré, articulé autour de trois grands pôles : Intesa Sanpaolo, le nouvel ensemble Banco BPM-MPS et UniCredit. À l'inverse, une victoire d'Intesa renforcerait encore davantage la domination du premier groupe bancaire italien et modifierait plus profondément la hiérarchie du secteur.

 

Generali au cœur des convoitises

 

Les implications dépassent d'ailleurs largement le seul périmètre bancaire. La participation de 13 % détenue par MPS dans Generali, premier groupe d'assurance italien, apparaît comme l'un des principaux actifs stratégiques au cœur des convoitises. Banco BPM y voit un moyen d'élargir ses options stratégiques, tandis qu'Intesa entend au contraire conserver cette participation au sein du groupe combiné. Les analystes de Bank of America estiment qu'une montée en puissance d'Intesa autour de Generali pourrait nourrir à terme des spéculations sur un rapprochement plus étroit entre les deux groupes, même si aucun projet de cette nature n'est aujourd'hui annoncé.

Cette bataille est également suivie de près à Paris. Crédit Agricole détient près de 23 % de Banco BPM et constitue son principal actionnaire. Dans l'hypothèse d'un rapprochement avec MPS, la banque française se retrouverait indirectement associée à la création d'un nouvel acteur appelé à jouer un rôle central dans la consolidation italienne. Une issue favorable à Intesa dessinerait au contraire un environnement concurrentiel plus difficile pour Banco BPM, désormais confronté à un champion national encore plus puissant.

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