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Lazard récolte les premiers fruits de sa transformation / Le pipeline s’étoffe, les encours atteignent un record

Après trois années de renouvellement en profondeur de son activité d’advisory, Lazard voit les premiers effets de sa transformation apparaître dans ses indicateurs commerciaux, malgré une rentabilité encore pénalisée à court terme.
Peter Orszag, le président-directeur général de Lazard, lors de la conférence « Semafor World Economy 2026 » à Washington, DC, le 13 avril 2026. (Photo : Mandel NGAN / AFP)
Peter Orszag, le président-directeur général de Lazard, lors de la conférence « Semafor World Economy 2026 » à Washington, DC, le 13 avril 2026. (Photo : Mandel NGAN / AFP)

Un bénéfice trimestriel réduit à 13 millions de dollars, mais une position dans les league tables inédite depuis 2014 : les résultats publiés le 23 juillet par Lazard cultivent le paradoxe. Sur le trimestre clos fin juin, la banque d’affaires a dégagé un produit net ajusté de 786 millions de dollars, en hausse de 2 % sur un an, porté par une gestion d’actifs en pleine accélération. Les revenus de ce métier bondissent de 23 %, à 331 millions de dollars, les encours atteignent un niveau record de 285 milliards de dollars et la collecte nette du premier semestre, 7,4 milliards de dollars, est la meilleure depuis près de vingt ans. Le conseil financier recule en revanche de 9 % sur un an, à 445 millions de dollars, tout en rebondissant de 25 % par rapport au premier trimestre, dans un marché où Lazard a conseillé le rapprochement entre NextEra et Dominion Energy, créant un ensemble d’une valeur d’entreprise d’environ 420 milliards de dollars, la plus grosse opération jamais réalisée dans l’énergie.

La chute du résultat net ajusté, en repli de 77 %, a été amplifiée par un élément technique. Le taux d’imposition effectif du trimestre a atteint 69,7 % en raison d’un ajustement de rattrapage lié à l’acquisition d’actions attribuées aux salariés, un effet que la direction qualifie d’anormal et de non représentatif du taux annuel, toujours attendu dans le haut de la fourchette des 20 % selon les normes comptables américaines GAAP, qui encadrent la présentation des comptes publiés aux États-Unis.


La courbe en J du conseil financier


Le vrai sujet de la publication est ailleurs. Depuis 2023, Lazard a volontairement renouvelé environ 40 % des managing directors de son activité d’advisory, avec plus de 80 départs compensés par environ 90 recrutements et promotions. Cette transformation pèse temporairement des deux côtés du ratio de rémunération, maintenu à 69,9 % contre 65,5 % un an plus tôt, le temps que les revenus perdus avec les partants soient reconstitués par des arrivants dont la charge de compensation s’amortit sur trois ans. « Nous sortons désormais de la période transitoire durant laquelle les décisions difficiles nécessaires pour renforcer la qualité de nos équipes ont créé un vent contraire, et nous entrons dans une phase où les investissements déjà réalisés se transforment en un vent porteur significatif pour la croissance future », a défendu Peter Orszag, le président-directeur général. « Après seulement deux ans sur notre plateforme, la productivité annuelle moyenne de nos MD nouvellement recrutés dépasse déjà celle des MD dont nous nous sommes séparés lors de notre repositionnement stratégique », a-t-il ajouté, en confirmant l’objectif de 10 millions de dollars de revenus par MD en 2028.


Le pipeline commence à prendre le relais


À l’appui de ce discours, la direction a multiplié les indicateurs avancés. Les vérifications internes de conflits d’intérêts, réalisées en amont de mandats potentiels, progressent de près de 40 % sur un an sur une base pondérée par la valeur des opérations, et de plus de 100 % pour les opérations supérieures à 5 milliards de dollars. « Notre pipeline pondéré pour 2027, bien qu’à un stade précoce, comme c’est typique en juillet, est déjà à plus du double du niveau qu’il atteignait pour 2026 à la même époque l’an dernier », a précisé le dirigeant. La saisonnalité habituelle, avec un second semestre plus fort dans l’advisory, devrait ainsi être plus prononcée cette année. Le rythme de croissance à l’approche du second semestre est plus élevé que les années précédentes, a expliqué William Murdock, responsable de la stratégie et des relations investisseurs. « Nous pensons qu’il existe probablement un potentiel d’amélioration » du ratio de rémunération, même si la direction dispose encore d’une visibilité limitée sur l’ampleur de cette amélioration au second semestre. Elle attend un retour à un niveau normalisé en 2028.


Le capital privé comme troisième pilier


Les prochains mois seront aussi ceux du bouclage de l’acquisition de Campbell Lutyens, attendu au second semestre, qui donnera naissance à Lazard CL, troisième métier du groupe dédié au conseil en capital privé. Le nouvel ensemble devrait générer environ 500 millions de dollars de revenus en 2027, tandis que l’acquisition devrait être relutive au bénéfice dès cette même année, avant synergies. Le groupe a par ailleurs relancé ses rachats d’actions, mis en pause au trimestre précédent en raison de l’opération, avec une autorisation portée à environ 257 millions de dollars. Reste une inconnue, le réveil du M & A des fonds, encore bridé par le décalage de valorisations hérité de la remontée des taux. « Les dirigeants des grands gestionnaires d’actifs alternatifs, qui sont les plus gros acteurs du private equity, laissent entendre que cela est sur le point de basculer. Nous attendrons que ces paroles se traduisent en actes », a glissé Peter Orszag, pour qui des indicateurs déjà encourageants le seraient plus encore si le private equity repartait.

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