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Rubis : Patrick Molis claque la porte du conseil / Un départ après les tensions du printemps
Un peu plus d’un an après son entrée presque consensuelle au conseil de surveillance de Rubis, Patrick Molis le quitte déjà. L’homme d’affaires, président de la Compagnie Nationale de Navigation (CNN), l’un des principaux actionnaires du groupe spécialisé dans la distribution d’énergies, a démissionné avec effet immédiat de son mandat, qui devait courir jusqu’en juin 2028. Aucun motif n’est avancé. Son départ ramène à onze le nombre de membres du conseil de surveillance, tous indépendants selon Rubis.
Cette démission intervient moins de quatre mois après celle de Ronald Sämann et fait disparaître du conseil les deux actionnaires qui avaient émergé au premier plan de la contestation en 2024. Les deux mouvements ne se lisent toutefois pas tout à fait de la même manière. Entré au conseil à l’issue de l’assemblée générale 2024 avec le soutien de Rubis, Ronald Sämann avait quitté ses fonctions début mai pour « raisons personnelles ». Le communiqué publié à l’époque soulignait sa « fidélité d’actionnaire de long terme » et le remerciait pour sa contribution aux travaux du conseil.
Le cas Patrick Molis porte une charge plus politique. Le premier acte de cette séquence s’était joué en juin 2024. Alors qu’il détenait 5,3 % du capital via CNN, l’homme d’affaires avait tenté d’obtenir un renouvellement en profondeur du conseil de surveillance. Ses quatre propositions de nomination avaient été rejetées, mais deux d’entre elles, dont sa propre candidature, avaient recueilli plus de 40 % des suffrages. Une démarche que Rubis avait alors qualifiée d’« hostile et brutale ».
Un rapprochement qui semblait durable
Un an plus tard, le rapport de force avait pourtant laissé place à l’apaisement. Entre-temps monté à 9,37 % du capital, le concert Molis avait obtenu le soutien de Rubis aux candidatures de Patrick Molis et d’Anne Lauvergeon. La gérance saluait alors un « dialogue constructif » et la « qualité des échanges récents ». Les deux nominations avaient finalement été approuvées à la quasi-unanimité lors de l’assemblée générale de juin 2025, avec respectivement 99,72 % et 98,96 % des voix. Patrick Molis entrait ainsi au conseil pour trois ans. « Croyez bien que je m’attacherai à défendre de façon extrêmement exigeante les intérêts de l’ensemble des associés commanditaires de cette très belle société », déclarait-il alors devant les actionnaires.
Une dernière pomme de discorde
Cet équilibre a éclaté au printemps. Le 13 mai, alors qu'il siégeait au conseil depuis onze mois, Patrick Molis a fait déposer par la CNN un projet de résolution visant à nommer le banquier d'affaires Yann Dever, tout en appelant à ne pas soutenir le renouvellement d'Alberto Pedrosa, président du comité d'audit et RSE. Le conseil a rejeté la démarche et la société a employé des termes inhabituellement durs, dénonçant le caractère « opportuniste » de l'initiative, son décalage avec l'esprit de 2025, et jusqu'au non-respect par son auteur de ses obligations de confidentialité et des règles de fonctionnement collégial du conseil.
Lors de l’assemblée générale du 10 juin, Patrick Molis avait directement relié son initiative au départ de Ronald Sämann quelques semaines plus tôt. « J’ai trouvé effectivement normal d’avoir une voix supplémentaire », expliquait-il, avant d’insister sur la représentation des principaux porteurs de capitaux au sein de l’instance : « Il n’y a aujourd’hui qu’un seul actionnaire significatif, commanditaire, je le souligne, qui soit représenté au Conseil, c’est moi. » Interrogé sur le choix de Yann Dever, il mettait aussi en avant ses compétences de banquier d’affaires, jugeant « très utile et constructif » de renforcer l’expertise financière du conseil pour accompagner d’éventuelles opérations futures.
Le conseil n’avait pas partagé cette analyse. Son président Marc-Olivier Laurent estimait que la candidature de Yann Dever ne s’inscrivait pas « dans le processus structuré de sélection et d’évaluation des compétences » de l’instance et qu’aucun besoin spécifique n’avait été démontré. Les actionnaires avaient finalement tranché largement en faveur de la position du conseil et de la gérance, rejetant la résolution portée par Patrick Molis à 77,48 %.
Les frondeurs hors du conseil
Deux mois plus tard, celui qui soulignait encore devant l’assemblée être le seul actionnaire commanditaire significatif représenté au conseil choisit donc de le quitter, sans explication publique. Après avoir successivement ouvert leur conseil à Ronald Sämann puis Patrick Molis, deux figures de la fronde de 2024, Rubis ne compte désormais plus aucun des deux en son sein. Reste à savoir si le départ de Patrick Molis marque la fin de la contestation ou seulement celle de la tentative de Rubis de la contenir de l’intérieur. La contestation dispose en tout cas aujourd’hui de moins de prises sur le terrain opérationnel. Rubis a signé en 2025 une nouvelle année record, avec un EBITDA de 741 millions d’euros, dans le haut de sa fourchette d’objectifs, et un résultat net hors plus-value de Rubis Terminal en hausse de 19 % à 309 millions d’euros. La dynamique s’est poursuivie au premier trimestre 2026, avec des volumes distribués en hausse de 12 % et une marge brute en progression de 13 %, tandis que le groupe a confirmé ses objectifs annuels.
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