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Les mauvais comptes de l'APE

En comptant la dernière cession de titres Safran, l'Agence des participations de l'Etat a vendu pour un peu moins de 2,5 milliards d'euros de titres cotés cette année. Soit bien moins que les 4 milliards fixés dans le projet de loi de finance 2015. Et encore plus loin des anticipations d'Emmanuel Macron, l'an passé.
Vial
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L’Etat a donc vendu un nouveau bloc de titres Safran. Cette fois, une participation de 2,64% lui ayant permis de récupérer 753,5 millions d’euros. Son poids dans la société revient ainsi à 15,39% du capital, avec toutefois une influence toujours aussi prépondérante au sein de l’équipementier aérospatial compte tenu du mécanisme de droits de vote double. Dernière opération de respiration du portefeuille de participations cotées de l’APE de l’année ? On peut aisément le supposer au regard de la date de cette transaction.

Soit une assez mauvaise nouvelle pour l’Etat actionnaire, Michel Sapin, ministre des Finances et des comptes publics ayant encore indiqué il y a deux mois que l’objectif d’un montant de 4 milliards d’euros de cessions d’ici à la fin de l’année était toujours envisageable. Or, selon les calculs de WanSquare, ont est loin du compte.

Car en reprenant les différentes transactions réalisées dans l’année et en intégrant la dernière en date, le total des ventes ne dépasse pas 2,5 milliards d’euros ! Dans le détail, l’APE avait d’abord réussi à céder un bloc de 3,96% de Safran (encore lui) pour 1,2 milliard d’euros. L’agence avait ensuite vendu la part majoritaire dans l’aéroport de Toulouse pour 308 millions d’euros avant de récupérer 206 millions d’euros de la cession d’actions Engie. S’y l’on y ajoute donc les 753,5 millions d’euros de cette deuxième vente de titres Safran de l’année, on obtient le total précis de : 2,46 milliards d’euros.

Et ce, sans intégrer les dépenses réalisées, à l’inverse, pour acquérir des titres Renault et Air France KLM en avril dernier, afin de sécuriser les droits de vote double lors des assemblées générales des deux groupes français. Initiative aux conséquences d’ailleurs assez catastrophiques chez Renault, cette montée au capital étant à l’origine de la grave détérioration des rapports de l’Etat avec l’alliance Renault-Nissan, ce dernier réclamant aujourd’hui des droits de vote au sein du groupe automobile français après avoir longtemps accepté de faire une croix dessus compte tenu d’un savant mécanisme d’équilibriste.

Cette enveloppe de 4 milliards d'euros de cessions faisait bel et bien partie des projections fixées dans le projet de loi de Finance 2015. Elles ne seront donc pas atteintes. Et encore moins celles lancées en octobre de l’année dernière par Emmanuel Macron qui, à l’époque, avait lancé qu’il tablait sur un total de cessions compris entre 5 et 10 milliards d’euros d’ici à dix-huit mois. De fait, 14 mois après ces propos, la barre des 10 milliards semble bien lointaine.

La faute à pas de chance ? Certes non. D’abord, nombre de participations n’affichent pas de parcours boursier suffisamment brillant pour permettre à l’Etat de vendre des titres dans de bonnes conditions. C’est vrai pour EDF (la principale ligne du portefeuille de l’APE) qui perd encore 39% cette année (-55% sur 5 ans), c’est vrai aussi d’Engie (-15% depuis le début de l’année, -35% sur 5 ans), la faible proportion d’actions cédées en septembre dernier démontrant la maigre marge de manœuvre de l’APE sur ce dossier. C’est aussi le cas pour Air France-KLM (-20% depuis le 1er janvier, -54% sur 5 ans), la société étant en outre bien trop fragile socialement et financièrement pour la laisser voguer vers d’autres courants.

Certains évoquaient pourtant la cession d’un gros paquet de titres ADP dans un processus de privatisation. Là, le groupe affiche de belles performances boursières et pourrait intéresser de très nombreux investisseurs à l’affût d’actifs d’infrastructures. Mais l’idée ne semble pas avoir l’heur des pouvoirs publics. Pour l’instant. Il faut dire que depuis le retour de la volatilité, nombre d’investisseurs se méfient des réactions des marchés boursiers et ont remis à plus tard de nombreux projets boursiers, à commencer par des IPO ou des placements de titres. A voir, maintenant, si l’APE va mettre les bouchées doubles en 2016 avec son nouveau directeur, Martin Vial, venu remplacer Régis Turrini, moins d’un an après sa nomination.


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