Affaire Boeing : Trump fait-il sa politique en lisant les journaux?
Donald Trump n’accédera pas à la Maison Blanche avant le 20 janvier prochain, mais ses tweets impulsifs lui ont déjà valu d’irriter la Chine, qu’il a accusée de dévaluer sa monnaie, de surtaxer les produits américains et de militariser le sud de la Mer de Chine, après un entretien avec la Présidente taïwanaise. Ce mardi, le futur Président s’est cette fois-ci attaqué à Boeing, en jugeant que les coûts de construction du nouvel Air Force One, l'avion présidentiel, qui atteignent « plus de 4 milliards de dollars », dérapent. Et de réclamer : « Annulez la commande ! » A sa sortie de la Trump Tower, il a enfoncé le clou et déclaré : « Nous voulons que Boeing gagne de l’argent mais pas autant ». Le chiffre de 4 milliards de dollars n’a été confirmé ni par la Maison Blanche ni par le Pentagone. En mars dernier, un groupe d’enquête du Congrès avait estimé le coût total à 3,2 milliards de dollars.
Cette sortie n’est pas surprenante dans la mesure où l’homme d’affaires a déjà utilisé un langage direct et tranché pour donner son avis sur Twitter ces derniers jours, et a surtout indiqué pendant la campagne que sa réussite dans les affaires lui serait utile pour diriger le pays. Il a également attaqué les grandes entreprises américaines, qu’il accuse d’appauvrir les Américains en délocalisant leurs emplois. Son premier fait d’armes a d’ailleurs été de promettre un rabais fiscal à Carrier, un fabricant de climatiseurs, pour préserver plus de 1 000 emplois – même si le chiffre a depuis été revu à environ 700 par la société.
En réalité, le tweet de M. Trump pourrait avoir été causé par deux informations sorties dans la presse américaine. Tout d’abord, un article du Washington Post publié lundi soir qui fait état d’un rapport interne du Pentagone, pointant des dérapages de coûts administratifs et des pistes pour économiser 125 milliards de dollars sur cinq ans. Rendu début 2015, ce document aurait ensuite été enterré par le ministère de la Défense américain, qui craignait que son budget ne soit amputé après ces révélations.
Mais aussi un article du Chicago Tribune, qui relate la fébrilité de Dennis Muilenberg, le CEO de Boeing après les récents propos de Donald Trump sur la Chine. « Comptez sur une administration Trump versatile pour tester le leadership du CEO de Boeing, surtout quand il s’agit de traiter avec la Chine, un client à plusieurs milliards de dollars pour Boeing ». Le journaliste y explique que la dernière chose que veut Boeing, c’est voir émerger une guerre tarifaire entre les Etats-Unis et l'Empire du Milieu car, comme l’a indiqué M. Muilenberg la semaine dernière, « un 737 sur trois est destiné à la Chine et un quart de toutes nos livraisons d’appareils sont pour des clients chinois ». Des commandes qui font aussi travailler les Américains puisque 90% de la main d’œuvre de Boeing et 80% de ses sous-traitants sont localisés aux Etats-Unis, rapporte l’article. Ce dernier avait également pointé du doigt la menace concurrentielle : « si nous ne menons pas pour écrire les règles, nos concurrents vont les écrire pour nous », avait-il prévenu.
Mais Donald Trump s’est fait élire sur un programme protectionniste, il a déjà déclaré vouloir sortir du traité transpacifique et renégocier le traité transatlantique, sous prétexte qu’ils ouvrent la voie aux délocalisations et aux importations de produits étrangers subventionnés, au détriment des biens américains.
Une chose est sure : Donald Trump ne peut pas être accusé de conflit d’intérêts dans ce cas de figure dans la mesure où il a vendu l’intégralité de ses actions en juin dernier pour un total d’environ 40 millions de dollars. Mais selon les propos récents de son ancien chef de campagne Corey Lewandowski, les médias ont trop pris les paroles du futur Président pour argent comptant. « Les Américains ne l’ont pas fait. Ils ont compris », avait-il plaidé. Boeing pourrait ainsi n’être qu’un coup d’esbroufe, bien vite effacé par les prochains tweets (il en a déjà publié quatre depuis cet épisode).
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