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Conseils d'économistes pour M. Trichet

La politique monétaire du Japon dans les années 1990 prouve que la hausse des taux n'est pas nécessairement efficace et peut accentuer les risques de récession.
L'actualité a été globalement négative depuis la dernière conférence de presse de la BCE, qui laissait présager un relèvement des taux dès le mois d'avril. Le séisme au Japon, l'escalade au Moyen-Orient et des chiffres plutôt mitigés (même en Allemagne avec une forte baisse de l'indice de confiance des investisseurs en mars) ou la chute des indices boursiers (-11% pour le CAC entre le 18 février et le 18 mars), autant de facteurs qui pourraient influencer la décision de Jean-Claude Trichet le 7 avril prochain. En août 2007, la banque centrale européenne avait également utilisé le mot magique de "strong vigilence", mais avait finalement fait marche arrière en septembre, en raison du niveau élevé d'incertitudes. Or, il semble que le degré d'instabilité économique et politique est bien plus grand aujourd'hui qu'il y a un mois, tandis que les négociations salariales et le comportement de marge des entreprises ne laissent pas vraiment croire à des effets de second tour. Les déclarations les plus récentes des membres de la BCE donnent pourtant à penser que l'institution reste sur la voie d'un relèvement de ses taux directeurs: Yves Mersch et Trumpel Gugerell ont tous deux répété que les risques inflationnistes étaient à la hausse et qu'une forte vigilance était nécessaire. Et si Jean-Claude Trichet a signalé qu'il faudrait "regarder attentivement les conséquences de l'impact japonais", il a ensuite déclaré qu'il n'avait rien à ajouter à sa déclaration de mars ! Une hausse des taux serait elle pourtant réellement bénéfique au Vieux Continent et le timing approprié ? Jean-Claude Trichet devrait sans doute garder en mémoire la politique monétaire désastreuse menée par le Japon dans les années 1990 avant de prendre une décision, selon les économistes d'HSBC. Ceux-ci comparent la possible décision de la BCE de relever ses taux avec celle de la Bank of Japan, qui en 1993 avait décidé de doubler le niveau de ses taux directeurs afin de lutter contre la hausse des prix générée par la Guerre du Golfe. "Le problème est que les chocs économiques liés à des crises pétrolières ont souvent des effets plus déflationnistes qu'inflationnistes, car ils ont tendance à peser fortement sur la consommation". HSBC estime que la flambée du baril depuis le début de l'année pourrait avoir les mêmes conséquences sur la croissance du Vieux Continent notamment. "La leçon essentielle à retenir du Japon est que tant que les causes de faiblesses structurelles de l'économie ne sont pas réglées, le resserrement monétaire est inutile et renforce le risque de récession du pays", selon la société de consulting britannique Fathom. En Europe, l'une de ces faiblesses est l'endettement excessif des Etats et du secteur privé. Il vaudrait donc mieux attendre que les mesures d'austérité mises en place depuis un an aient permis de restaurer l'équilibre budgétaire, avant de remonter les taux. Sans quoi la combinaison d'une hausse des taux et de programmes de rigueur risquent effectivement de plonger le Vieux Continent dans la récession.
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