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Rome n'est plus dans Rome

L'attaque surprise de Lactalis sur la totalité du capital de Parmalat le jour du conseil franco-italien montre que le gouvernement italien est fort démuni.
"Rome n'est plus dans Rome" fait dire Corneille à l'empereur Sertorius, avant d'ajouter "elle est toute entière où je suis". Oui ce matin, Rome n'est plus dans Rome et le gouvernement de Silvio Berlusconi, qui a fait du patriotisme économique un "cheval de bataille", semble bien démuni, au moment où Lactalis annonce vouloir lancer une OPA sur la totalité du capital de Parmalat afin de créer un grand groupe laitier européen affichant un chiffre d'affaires de 14 milliards d'euros. Rome est de moins en moins dans Rome. Et c'est ce qui inquiète les italiens. LVMH a racheté Bulgari en payant le prix fort. EDF tente de tordre le bras à l'électricien Edison. Suez Environnement est toujours en guerre avec le groupe Caltagirone pour le contrôle des eaux de la ville de Rome. Et Vincent Bolloré fait la pluie et le beau temps chez Mediobanca, tour de contrôle du capitalisme italien. Ses attaques contre la gestion de Generali ont même eu pour effet d'entraîner une fronde contre le patron de l'assureur, un très proche de Berlusconi, obligé de démissionner. Tout cela n'amuse pas beaucoup le Palazzo Chigi, siège de la présidence du conseil des ministres, où l'ambassadeur de France a même été convoqué il y a quelques jours pour une petite séance d'explication sur le patriotisme économique. On lui a fait comprendre que Lactalis ne devait pas franchir les 30 % de Parmalat, auquel cas l'Italie entreprendrait une réaction nationale, voire nationaliste, soit avec la mise en place d'un fonds comparable à notre FSI, soit avec un tour de table réunissant les principales banques du pays. Des banques, dont les dirigeants sont de moins en moins soumis à un Silvio Berlusconi en fin de règne. Lactalis n'avait pas d'autre choix que d'appuyer sur le bouton de l'OPA, tant que des mesures officielles ne sont pas prises contre son offensive. Avec un pari pascalien à la clé. Soit l'offre publique fonctionne. Dans ce cas, le groupe dirigé par Emmanuel Besnier, qui n'a pu faire l'opération Yoplait, devient un acteur incontournable dans le secteur laitier européen, pour un prix raisonnable. Soit les italiens perdent leur traditionnelle bonne humeur. Dans ce cas, leur tour de table baroque sera contraint de déposer une contre-OPA et Lactalis sortira de cette affaire par la grande porte et avec une plus-value. Bien sûr, tout cela ne va pas faciliter la tenue du sommet franco-italien de ce jour, où devaient être notamment évoquées les relations économiques des deux cotés des Alpes. Mais dans l'état actuel des choses, y avait-il un autre moment possible pour Lactalis? Et que doivent craindre les éleveurs italiens? Le lait vendu par Parmalat sera toujours produit par des vaches italiennes paissant dans les paturages du Piémont. Comme Silvio Berlusconi n'a pas la même aura en Italie, et notamment dans les milieux d'affaires, que Sertorius auprès de ses troupes, le groupe français a bien fait de sortir du bois aujourd'hui. Ce sera l'occasion de vérifier si Rome est toujours dans Rome !
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