Jackpot pour les investisseurs en obligations françaises
Les investisseurs en obligations françaises ne doivent pas regretter d’avoir placé leurs billes dans les titres de l’Hexagone cette année. Car depuis fin décembre 2013, le rendement des OAT dix ans est passé de 2,58% à 0,90% aujourd’hui, soit une chute de 168 points de base en un an. « La rentabilité des OAT a affiché 24% sur un an, soit une performance spectaculaire », explique Christophe Donay, chef stratégiste chez Pictet. C'est surtout les investisseurs étrangers qui auront bénéficié de ces belles performances, puisque la dette de l'Hexagone est détenue à 64,2% par des non résidents, selon le bulletin mensuel de l'Agence France Trésor de novembre . Selon Christophe Donay, l’impact de la baisse des taux sur la rentabilité des obligations est d’autant plus élevé que les taux français étaient déjà relativement bas en début d’année. « Plus la duration modifiée est élevée, plus le coefficient multiplicateur sur la baisse des taux est élevé aussi», poursuit le stratégiste.
Comment expliquer cette chute des rendements de l’OAT en 2014 ? La très faible inflation tout d’abord qui, a atteint en moyenne 0,54% par mois depuis janvier. En novembre dernier, la hausse des prix a de nouveau touché un plus bas de 0,3% en France et, selon Marie-Pierre Rippert, de Natixis, l’inflation devrait se rapprocher de 0% en décembre avant de passer en territoire négatif en début d’année prochaine, conséquence directe de l’effondrement des cours du baril. Autre facteur qui a pesé sur le taux des obligations françaises et européennes dans leur ensemble cette année, la faiblesse de la croissance qui ne devrait pas dépasser 0,4% pour l’Hexagone. Enfin, la perspective d’une intervention de la BCE sur le marché des dettes souveraines a très certainement également contribué à faire baisser les taux cette année.
Ces trois facteurs devraient continuer de maintenir les rendements à des plus bas historiques l’an prochain, avant de se reprendre progressivement dans la deuxième partie de l’année. Selon les analystes de Natixis, le taux du dix ans français continuera ainsi de baisser jusque 0,80%, et, si comme ils le prévoient, la Fed remonte ses taux en juin, le rendement des OAT remontera alors progressivement pour atteindre 0,95% fin décembre 2015. « Cette quasi stabilité des taux français masque cependant le fait que l’Hexagone va largement surperformer l’Allemagne l’an prochain », explique Jean-François Robin, analyste chez Natixis. Selon lui, le spread, actuellement situé à 27 points de base, devrait atteindre 21 points de base en moyenne l’année prochaine.
Le programme de rachat de titres aura bien entendu un impact sur les obligations de l’Hexagone l’an prochain, s’il est effectivement mis en place. « Si la BCE injecte des liquidités en achetant directement de l’OAT sur le marchés secondaire, les rendements de celles-ci devraient continuer de baisser », poursuit l’analyste. Selon les prévisions de la banque, la France pourrait bénéficier de 100 milliards de rachats de la BCE, si le montant du QE atteint 500 milliards. Mais dans un deuxième temps, les taux repartiront à la hausse. Car tout l’intérêt du programme de rachat de la BCE est de relancer la croissance et la reprise. « C’est pour cela que les taux français ne devraient pas baisser tant que cela » termine Jean-François Robin. « Car les marchés savent que l’injection de la BCE devrait stimuler l’économie ».
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