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Brexit : Francfort prend de l'avance pour récupérer la compensation
Deutsche Börse a eu le nez creux. Alors que les activités de compensation au Royaume-Uni risquent de poser problème aux autorités européennes post-Brexit, dont le pouvoir de supervision sera très limité, l'opérateur de la Bourse de Francfort a annoncé le lancement en octobre dernier, par le biais de sa plateforme Eurex Clearing, d'un dispositif de partage de bénéfices dans les dérivés de taux. Objectif : attirer les acteurs du secteur de ce marché, pour l'instant majoritairement dominé par LCH, elle-même contrôlé par le London Stock Exchange. Selon les estimations de la Commission européenne, LCH assurait ainsi en 2017 plus de 90% de la compensation des dérivés libellés en euro.
Cette initiative présentée cet automne par Deutsche Börse comme "un programme de partenariat" destiné à développer "une alternative liquide, implantée dans l'UE pour la compensation des swaps de taux d'intérêt" avait immédiatement attiré les principaux intervenants du marché: Bank of America Merrill Lynch, Citi, Commerzbank, Deutsche Bank, JP Morgan et Morgan Stanley avaient alors manifesté leur intérêt. Moins de six mois après sa mise en place (le dispositif a été officiellement lancé en janvier), l'initiative a déjà permis de faire bondir le volume de dérivés de taux compensés sur la plateforme allemande : le volume nominal est ainsi passé de 1.000 milliards d'euros il y a un an à 7.000 milliards d'euros, selon les données de Clearex. Selon un représentant de la plateforme, les dix acteurs les actifs depuis l'instauration du dispositif sont JP Morgan, BNP Paribas, Deutsche Bank, Commerzbank, Landesbank Baden-Württemberg, HSBC, UniCredit, DekaBank et BofA Merrill Lynch.
L'offensive de Deustche Börse pour tenter de récupérer une partie de l'activité de compensation réalisée en Grande-Bretagne intervient à point nommé, alors que la Commission européenne pourrait décider d'imposer la relocalisation en Europe de la compensation des dérivés libellés en euros, post-Brexit. Il y a un an jour pour jour, Bruxelles a en effet proposé de réformer le règlement EMIR sur l'infrastructure du marché européen, afin de renforcer le pouvoir de supervision des autorités européennes sur les chambres de compensation de pays tiers. Une façon d'anticiper la sortie du Royaume-Uni de l'UE et de garantir que les activités de LCH à Londres n'échapperont pas totalement au contrôle du régulateur européen. La Commission a notamment proposé de relocaliser les activités de compensation représentant "un risque systémique" pour l'UE. La compensation de dérivés libellés en euro serait particulièrement visée.
Si la proposition est encore en discussion, Francfort a en tout cas pris une longueur d'avance, et pourrait voir l'activité de sa plateforme de clearing grimper en flèche post-Brexit quand Bruxelles tranchera sur le sujet : les dérivés libellés en euros traités par LCH représentent autour de 900 milliards d'euros par jour...
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