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Sur les marchés / Macro-économie

Le marché a toujours raison… sauf à propos de la Fed

Depuis plusieurs semaines, les investisseurs n’accordent qu’une très faible chance à une hausse des taux en juin. Mais les minutes de la réunion de la Fed en avril sont venues rappeler que cette option était toujours sur la table, malgré un calendrier périlleux.
FED - logo
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Un peu à la manière d’un célèbre apôtre, le marché américain ne croit que ce qu’il voit. Et si plusieurs membres de la Fed se sont évertués depuis plusieurs semaines à rappeler que l’institution prévoyait toujours au moins deux hausses de taux en 2016, les investisseurs n’en avaient cure, comme en témoignent les niveaux des fonds futures liés à la Fed. Mais il leur est aujourd’hui impossible d’ignorer la preuve par écrit, à savoir les minutes de la réunion de la banque centrale américaine en avril dernier.

Car si le compte-rendu du FOMC du 26-27 avril dernier avait souligné l’amélioration du marché du travail et des conditions économiques malgré les risques externes et sur l’inflation, il n’avait fait aucune mention du calendrier de normalisation monétaire et n’avait en particulier pas utilisé le terme « risques équilibrés », indice d’une prochaine hausse des taux. Mais les minutes sont plus claires : « La plupart des participants ont jugé que si les nouvelles données étaient cohérentes avec un regain de la croissance au deuxième trimestre, si les conditions du marché du travail se renforcent et l’inflation se rapproche de l’objectif de 2%, il serait probablement approprié pour la Fed d’augmenter ses taux en juin ». Au niveau international, si les membres ont acté un recul des risques sur la situation économique, ils gardent en tête les incertitudes liées au référendum sur le Brexit le 23 juin (une semaine après la prochaine réunion de la Fed) et celles liées à la politique monétaire de la Chine.

Certes, il ne faut pas oublier que ce compte-rendu date de fin avril, et depuis les dernières statistiques américaines ont été contrastées. D’un côté, le PIB a subi un coup de froid en ne progressant qu’à 0,5% au premier trimestre en rythme annualisé, et les chiffres des créations d’emplois au mois d’avril (160 000, un plus bas depuis septembre dernier) se sont révélés décevants. De l’autre, la production industrielle a grimpé en flèche, les ventes au détail sont à un niveau record depuis plus d’un an et surtout l’indice des prix à la consommation a augmenté de 0,4% en avril, ce qui signifie que l’inflation sur un an atteindrait 2,1%, au-dessus de l’objectif de la Fed à 2%.

Les minutes ont dans un premier temps fait chuter le Dow Jones dans le rouge en raison de cette mention au mois de juin avant de se ressaisir, et les bancaires en ont à l’inverse logiquement profité, en particulier JP Morgan (+3,6%) et Goldman Sachs (+2,7%). Le rendement des Treasuries a au contraire bondi de plus 15 pb, à 1,86%. Les investisseurs en ont profité pour prendre en compte cette réalité dans les fonds futures Fed : si la probabilité d’une hausse des taux en juin n’était que de 19% avant la publication des minutes (et même 1% il y a encore un mois), elle a bondi à 34% ce mercredi, selon les données de CME Group.

Avec des créations d’emplois malgré tout dynamiques, un taux de chômage au plus bas à 5% et une inflation désormais orientée au-dessus de 2%, la Fed n’a plus beaucoup de raisons (d’excuses ?) pour maintenir le statu quo. Janet Yelen elle-même s’est montrée plutôt sereine face au PIB du premier trimestre, après plusieurs années de démarrage lent, jugeant qu’il s’agissait là d’une contre-performance temporaire. Les montants de dette qui s’échangent à taux négatifs ne cessent d’augmenter, ce qui risque de créer des bulles de valorisation. Le retour fulgurant de l’appétit au risque sur le marché obligataire est le témoin de cet échauffement, que la Fed pourrait décider de traiter en juin. Si les prochaines données le lui permettent bien sûr.

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