Politique monétaire / Politique monétaire
Politique monétaire
Politique monétaire
Fed, pas de hausse des taux avant mi-2015
Sans surprise, Janet Yellen a confirmé devant le Congrès américain que la Fed envisageait bien de poursuivre la baisse des rachats d'actifs obligataires, sous réserve des données économiques futures. « A moins d’un choc important, de déflation ou de retournement de conjoncture, le tapering devrait se poursuivre au même rythme que celui entamé sous Bernanke », explique Inna Mufteeva, analyste chez Natixis. Et en ce sens, la présidente de la Fed, dont la lenteur des propos traduisait hier l’inquiétude devant l’ampleur de sa toute nouvelle tâche, a surpris les marchés par sa détermination à poursuivre le tapering. Certains estimaient en effet qu’elle se montrerait plus réservée sur les conditions de poursuite du tapering.
En revanche, Yellen s’est démarquée de son prédécesseur concernant son analyse du marché de l’emploi. La nouvelle président a effectivement estimé que le taux de chômage n’était pas le meilleur indicateur pour évaluer la situation du marché du travail, alors que Bernanke estimait qu’il était un des outils les plus révélateurs, au point de l’avoir fixé comme indicateur de déclenchement d’une hausse des taux. Selon Yellen au contraire, les composantes du marché de l’emploi sont essentielles, pour connaître la situation réelle de la population active. Or, les chômeurs de longue durée sont encore bien trop nombreux et témoignent d’une situation toujours « anormale », a déclaré hier soir la présidente.
En effet selon les derniers chiffres du chômage, la proportion de personnes sans emploi depuis plus de 6 mois représente 35,8% du nombre total de chômeurs. Une amélioration par rapport à 2011, où ce chiffre atteignait 45% mais qui reste bien supérieure à sa moyenne de long terme, de 16% depuis les années 1980. De même, les créations d’emplois sont toujours situées en dessous de leur niveau de 2008 : le nombre d’emplois au total était de 138 millions en 2008 contre 137,5 millions aujourd’hui. Depuis début 2011, les nouvelles créations de postes ont atteint 6,7 millions, alors que 8 millions d’emplois avaient été détruits entre 2008 et 2010. « La dynamique du secteur de l’emploi est clairement en retard par rapport aux autres grands indicateurs américains », explique Inna Mufteeva. Ce qui explique la très grande prudence de Jannet Yellen hier soir devant le Congrès. Enfin le taux de participation est en baisse et le taux de chômage ne reflète donc pas l’état réel du marché du travail.
Ce qui explique que la présidente ait précisé que le seuil des 6,5% de chômage ne déboucherait pas automatiquement sur une hausse des taux directeurs. Le taux est actuellement à 6,6% mais la Fed ne devrait pas remonter les taux avant mi-2015 estime Natixis, voire fin 2015 selon Goldman Sachs. Puisque la banque centrale a réaffirmé que les taux seraient maintenus à un niveau très bas sur une période prolongée, même lorsque le taux de chômage serait descendu sous les 6,5%. « La Fed ne peut pas se permettre de remonter les taux courts trop tôt: cela entraînerait une hausse des taux longs et pénaliserait le marché immobilier, encore fragile », explique Thibault Prebay, directeur de la gestion taux chez Quilvest. « Certes, les taux d’intérêt sont au plus bas depuis 2008 mais vu la faiblesse de l’inflation, il n’y a pour l’instant pas d’urgence à les relever », poursuit-il. En revanche, une fois que la Fed aura entamé la remontée des taux, celle-ci devrait être très rapide. En 2005, lors que la banque centrale avait relevé ses taux, ils étaient ainsi passé de 1% à 4% dans l’année. « Structurellement, la Fed remonte ses taux beaucoup plus vite qu’en Europe », termine le gérant. Ils pourraient donc atteindre les 4% dès la fin 2015.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

