2018, année de tous les dangers
"Soyons honnêtes, 2018 ne sent pas bon." Dès sa première phrase, le rapport d'Eurasia Group, un groupe de conseil en risques dirigé par Ian Bremmer, n'y va pas par quatre chemins. Car la poudre aux yeux économique est bien là, et risque de faire oublier tous les dangers politiques : "Oui, les marchés bondissent et l'économie ne va pas mal, mais les citoyens sont divisés (…) Et l'ordre mondial s'effiloche", juge le groupe d'experts. Plus inquiétant encore, si l'environnement mondial "a connu ses hauts et ses bas", "si nous devons choisir une année pour une crise inattendue - l'équivalent de l'effondrement financier de 2008 - cela serait 2018. Désolés".
Car avec l'élection de Donald Trump, la montée de la provocation verbale et de l'isolationnisme américains ne vont qu'accélérer l'évolution vers la "dépression géopolitique" selon Eurasia. Qui se demande si le ton belliqueux du Président américain dans ses discours et ses tweets n'est "qu'une expression de son style de négociation ou s'il pourrait prendre des mesures qui précipiteraient les Etats-Unis vers la guerre ?". Une question plus prégnante que jamais après son dernier tweet, arguant qu'il avait un plus gros bouton nucléaire que le dirigeant nord-coréen.
Si l'émergence de Donald Trump et le protectionnisme qui l'accompagne ne sont que les preuves que la "perte de l'influence des Etats-Unis dans le monde va s'accélérer en 2018", d'autres risques sont identifiables pour Eurasia, qui a dressé son Top 10 des plus grands dangers pour 2018. En premier lieu la Chine et son Président Xi Jinping, qui a formellement profité du contexte actuel pour changer de discours et tenter de prendre le leadership mondial. Un changement de paradigme et un "aspirateur de pouvoir" que le pays souhaite remplir, via ses stratégies commerciales, technologiques et ses valeurs de non-interférence.
En deuxième lieu, le risque latent d'une crise géopolitique majeure. Car si "nous ne sommes pas au bord de la Troisième Guerre Mondiale", assure Eurasia, les dangers sont plus nombreux et omniprésents, et tout d'abord, celui d'une cyber-attaque, qui pourrait provoquer des réactions disproportionnées. Cela concerne aussi bien les Etats - comme la Chine ou la Russie - que des organisations virtuelles - comme Anonymous - et toucher des entreprises, banques ou places de marché entières. "Si un acteur s'attaque à ces acteurs, nous sommes en terrain inconnu", s'alarme le rapport. Qui ajoute également le risque nord-coréen, la guerre en Syrie, la dégradation des relation russo-américaines avec l'enquête de Robert Mueller sur l'élection US et enfin, le risque toujours actuel d'une attaque terroriste dévastatrice.
Ensuite, Eurasia s'inquiète de la "Guerre froide technologique" qui a lieu entre les Etats-Unis et la Chine, la bataille de l'intelligence artificielle et des super-ordinateurs, qui pourraient leur offrir le leadership mondial de demain. Les Etats-Unis ont les meilleurs talents, mais la Chine forme plus de d'experts et bénéficie de la protection de la manne publique. Le risque est celui lié à la création de quasi-monopoles, où la protection des données personnelles et la cyber-sécurité sont cruciaux mais pas assurés au niveau mondial.
Le Mexique est également un pays à surveiller de près en 2018, en raison des renégociations en cours sur l'Alena avec les Etats-Unis, et l'élection présidentielle en juillet, deux facteurs à scruter de près. Les relations entre les Etats-Unis et l'Iran sont également en pleine dégradation, alors que les révoltes se développent à Téhéran, et le fragile accord sur le nucléaire iranien pourrait achopper si Donald Trump en décidait ainsi, créant une zone de danger mondial.
Autre grand marqueur actuel : l'érosion des institutions selon Eurasia, dont le plus grand exemple est le Brexit mais qui se manifeste partout dans le monde. Les Américains estiment par exemple que les médias sont politisés et ont perdu foi dans les institutions séculaires, se réfugiant parfois dans des mouvements extrêmes, ce qui constitue un risque de dérive sérieux pour les démocraties de la planète. Pendant à cela : la montée du protectionnisme 2.0, où les gouvernements tentent de reprendre la main en érigeant de nouvelles règles pour garder leurs avantages comparatifs, mais aussi la propriété intellectuelle et autres avancées en termes d'innovation.
La Grande-Bretagne est à elle seule une zone de danger : "2017 n'a peut-être pas été marrant pour la GB, 2018 sera pire", prévient Eurasia, qui cite les difficiles négociations en cours sur le Brexit et une situation politique domestique précaire pour Theresa May, qui a 30% de chance d'être remplacée selon le cabinet. Enfin, les politiques d'identité en Asie du Sud (et notamment la montée du populisme musulman) et la sécurité en Afrique, où l'essor économique des pays core (Côte d'Ivoire, Kenya, Ethiopie) risque de pâtir de l'insécurité des pays instables (Mali, Soudan du Sud, Somalie).
Dans la zone euro, l'année sera aussi riche en événements, avec les remous en Allemagne, une élection contestée en Italie et le combat d'Emmanuel Macron contre les acquis sociaux en France. Mais que l'on se réjouisse, "un regard sur les trajectoires individuelles des pays de l'eurozone montre que la région est partie pour une autre année relativement constructive, après avoir positivement surpris en 2017".
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

