Série de l'été: Debevoise & Plimpton, le "cross-border" avec des attaches en France
Le cabinet américain, qui fête ses 50 ans à Paris, a accompagné les opérations internationales de clients américains mais aussi français, avec des noms de premier rang comme Beigbeder ou Pinault.
Debevoise & Plimpton a beau être présent depuis les années 60 en France, il n'a pas émergé avant longtemps comme acteur incontournable de la place de Paris. Car, de l'aveu de son managing partner Pierre Clermontel, seuls deux cabinets français dominaient le marché il y a 20 ans : Gide Loyrette Nouel et Bredin Prat. Le britannique Clifford Chance a explosé dans les années 90, puis ce fut le tour de Linklaters d'avoir le vent en poupe, avant que les mouvements d'équipes entières ne perturbent régulièrement ce classement.
Dans ce contexte, Debevoise & Plimpton a su rester réaliste et humble : si quelques français gardent la mainmise sur les opérations des grands noms du CAC 40, le cabinet s'est d'abord développé à Paris grâce à la clientèle américaine. Des industriels, mais aussi et surtout des fonds de private equity venus racheter des actifs dans l'Hexagone. Il a ainsi conseillé Clayton Dubillier & Rice dans un consortium pour l'acquisition de Rexel (fin 2004) ou encore celle de Spie (été 2011), et a assisté Pardus dans sa prise de participation -mouvementée- chez Valeo. Des relations qui fonctionnent dans la durée, puisque le cabinet a également géré toutes les cessions de blocs récentes de Rexel par Ray Investment.
Puis, le cabinet s'est peu à peu fait une place auprès des grands groupes français. "Dès le début, nous nous sommes positionnés en priorité sur des deals cross-borders avec les Etats-Unis, mais pas seulement", relate Pierre Clermontel. Il vient ainsi de conseiller Eutelsat dans l'acquisition de Satmex, un groupe de satellites au Mexique pour 1,1 milliard de dollars.
Surtout, il a lié des relations de confiance avec des hommes d'affaires d'influence, en premier lieu Charles Beigbeder et François-Henri Pinault ainsi que leur garde rapprochée, qui ont été déterminantes. C'est ainsi que le cabinet s'occupe de toutes les opérations d'Artemis, holding appartenant à la sphère Pinault, et conseille Charles Beigbeder dans ses aventures entrepreneuriales, comme lors de la fusion ente Poweo et Direct Energie (deal 100% français).
Au fur et à mesure des années, Debevoise & Plimpton a obtenu plusieurs grands comptes du CAC 40, comme Pernod Ricard, Schneider Electric ou encore Axa. Et si l'activité M&A patine en ce moment faute d'accord sur le prix mais aussi de financement, les grosses valeurs cotées tirent profit d'un marché obligataire au plus bas. Le mois dernier seulement, il a structuré les émissions obligataires de Kering, Alstom et d'Artemis!
La preuve par l'expérience que lorsque l'on sait rester à sa place et capitaliser sur ses compétences, il est possible de se faire une place de choix dans le microcosme parisien. Debevoise & Plimpton ne compte qu'une vingtaine d'avocats à Paris, tous seniors. Il applique le modèle réussi par Bredin Prat, selon lequel les associés sont, directement et à plein temps, aux prises avec leurs dossiers de corporate, contentieux, droit social et fiscal (la concurrence et le financement sont sous-traités à Londres).
Mais tout cela ne changera pas la différence fondamentale de vision sur le droit entre France et Etats-Unis. Là-bas, il est perçu comme l'opportunité de se protéger au maximum, c'est pourquoi les avocats peuvent encore facturer des honoraires horaires prohibitifs. En France, les clients l'envisagent comme une contrainte et valorisent le pénal et le contentieux. Ainsi, l'aspect politique et de réseaux est encore plus fondamental : "à Paris, les clients recherchent une compétence technique mais aussi un carnet d'adresses, une connaissance du régulateur et de l'administration", relève Pierre Clermontel. Debevoise & Plimpton en a lui aussi tenu compte, en recrutant en son temps Noëlle Lenoir, ancienne ministre des Affaires européennes et directeur de cabinet du Garde des Sceaux. Et compte dans ses rangs Jean-Marie Burguburu, ancien bâtonnier et président de l'Union internationale des Avocats. L'exception culturelle française est présente partout, et le cabinet américain a choisi de s'aligner pour perdurer.
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17/09/2021 - 10:31

