Les taux français au plus bas malgré la dégradation de Fitch
Fitch na pas mâché ses mots vendredi dans le communiqué accompagnant l’annonce de la dégradation française. Si le passage de AA+ à AA n’était pas en soi une grande surprise puisque le pays avait été placé sous surveillance négative mi octobre, les raisons invoquées sont en revanche inquiétantes. Ainsi, la décision de Fitch découle directement du manque de discipline fiscale et budgétaire du gouvernement, à qui l’agence reproche de n’avoir absolument pas respecté ses engagements vis-à-vis de Bruxelles. Alors que la France avait promis en avril dernier de ramener son déficit à 3,8% du PIB pour cette année, celui-ci atteindra finalement 4,4%, soit plus que les 4,1% réalisés l’an dernier, dénonce Fitch.
Mi octobre, Fitch avait alors déclaré que « la France serait dégradée d’un cran si aucun effort n’était réalisé pour améliorer la trajectoire de sa dette après l’avis de la commission sur le budget 2015 ». L’agence a estimé que, malgré l’annonce du gouvernement fin octobre, de 3,6 milliards d’euros d’économies supplémentaires pour l’an prochain, cela ne serait pas suffisant pour changer ses prévisions en matière d’évolution de la dette du pays. La dette française culminera à 98% en 2016, contre 95,6% auparavant annoncé avant de redescendre à 97,3% du PIB en 2017 et 92,9% en 2019. Or, déplore Fitch, l’endettement moyen des pays notés AA est de 37% de leur PIB. « Le seul autre pays noté AA avec un ratio de dette supérieur à ce niveau est la Belgique », souligne l’agence. D’où leur décision de dégrader la France sans plus attendre.
La décision de Fitch n’a pourtant eu aucun impact sur le rendement des OAT, qui, ce matin se traitaient toujours sous la barre de 1%. « A 0.92% ce matin, les obligations françaises suivent le même mouvement que les autres dettes comparables », explique ainsi Jean-François Robin, analyste chez Natixis. Qu’est ce qui pourrait donc faire remonter les taux l’an prochain, puisque les marchés semblent insensibles aux alertes des agences ?
Selon Christophe Donay, chef stratégiste chez Pictet deux facteurs principaux pourraient entraîner une hausse des rendements de l’Hexagone. Le retour du risque systémique en zone euro, qui impacterait les pays les plus endettés et donc la France. Sachant qu’en cas de nouveau choc en zone euro, la BCE interviendra pour injecter de la liquidité via un QE afin d’endiguer le risque de contagion, souligne le stratégiste.
« Tant que ce scénario là ne se sera pas produit, les taux français seront surtout sensibles à l’inflation », explique encore Christophe Donay. Et, vu la faiblesse des prix actuellement, il est probable que l’inflation reparte légèrement à la hausse l’an prochain. « Si les taux français peuvent encore baisser un peu, en aucun cas ils ne pourront reproduire l’ampleur du mouvement réalisé cette année en 2015», conclut-il.
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