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L'AMF sanctionne très lourdement plusieurs dirigeants d'Ubisoft
Ubisoft est décidément sous le feu des projecteurs en ce moment. Mais pas pour les même raisons. Si Vincent Bolloré ne cesse d'accroître la pression sur la société de jeux vidéo en augmentant lentement mais sûrement sa présence au capital (il vient de franchir le seuil de 25%), l'AMF, de son côté vient de sanctionner lourdement plusieurs dirigeants de l'entreprise pour manquements d'initiés. Les sanctions s'échelonnent de 15.000 à 700.000 euros par personne plus une amende de 60.000 euros pour la Banque Transatlantique par qui sont passées certaines des transactions incriminées.
Les faits remontent à septembre 2013. L'AMF, après enquête, constate une série de ventes de titres Ubisoft et de rachats de parts du FCPE de l'entreprise par plusieurs hauts responsables de la société et ce, juste avant la parution, le 15 octobre 2013 d'un communiqué annonçant le report du lancement du jeu "Whatch Dogs" très attendu par le marché. Information qui a eu pour résultat immédiat de faire plonger le titre de la société de 26% dès le lendemain.
Selon les informations présentées par le gendarme de la Bourse, Christine Burgess, directrice de la production internationale et membre du comité exécutif d’Ubisoft, Yannis Mallat, président-directeur général d’Ubisoft studio Montréal, Olivier Paris, vice-président Opérations d’Ubisoft studio Montréal, Francis Baillet, vice-président Affaires Corporatives d’Ubisoft Studio Montréal et Damien Moret, à l’époque Brand Development Director d’Ubisoft auraient donc tous profité d'informations privilégiées pour vendre, avant la parution du communiqué de presse des titres et/ou des parts du FCPE investi en actions Ubisoft. "A l’époque des faits, Mme Christine Burgess était membre du comité exécutif d’Ubisoft. Elle exerçait les fonctions de directrice de la production internationale, qui lui conféraient la responsabilité de l’ensemble des fonctions dites « support » pour les studios de production, incluant la gestion des ressources humaines et des opérations studio, dont la coordination des projets de jeux vidéo. A ce dernier titre, elle figurait sur la liste des initiés permanents de la société en raison de son accès régulier « à des informations stratégiques globales » concernant Ubisoft", stipule l'AMF dans l'avis de la commission des sanctions paru hier soir.
Toutes les personnes ci-dessus mentionnées font appel de cette décision, Yannis Mallat ayant même porté plainte contre le régulateur français. Il faut dire que ce dernier est le plus lourdement sanctionné. C'est lui qui a écopé d'une amende de 700.000 euros, soit un montant énorme pour une personne physique. Et ce d'autant plus que si l'on regarde dans le détail l'avis publié, l'avantage présumé de sa vente de titres se monte à 174.000 euros. Mais manifestement, l'AMF prend également en compte le montant des revenus et le poids du patrimoine de la personne concernée pour établir la somme finale de l'amende.
La direction d'Ubisoft a déjà dit officiellement ce qu'elle pensait de cette affaire : "Nous sommes persuadés que nos collaborateurs mis en cause n’avaient pas l’intention de commettre un acte contraire à la réglementation en vigueur. De même, compte tenu des modes et calendriers de production des jeux dans l’industrie du jeu vidéo et au sein de notre société nous estimons qu’au moment où ils ont effectué leurs cessions nos collaborateurs ne pouvaient connaître ou anticiper la décision ultérieure de report du jeu en cause prise par Yves Guillemot le 11 octobre 2013. Nous regrettons une décision qui témoigne d’une mauvaise compréhension du processus de fabrication des jeux dans notre industrie. Chaque développement et commercialisation de jeu mobilise de multiples équipes au sein de l’entreprise mais seul le PDG du groupe peut prendre une décision exceptionnelle telle que le report de la date de sortie d’un jeu ».
Quant à la Banque Transatlantique l'AMF lui reproche de ne pas avoir procédé à la déclaration des opérations de cessions de titres Ubisoft réalisées par certains salariés de la société Ubisoft au cours des mois de septembre et d’octobre 2013, "alors qu’elle avait des raisons de suspecter que ces opérations pouvaient constituer des abus de marché". "Il convient cependant de tenir compte des contraintes inhérentes à l’activité de gestion de l’actionnariat salarié qui rendaient plus complexe le travail d’analyse lui incombant", atténue l'AMF. Ce qui l'a donc poussé à ne pas trop charger la barque pour cet établissement financier.
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