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L'Eurogroupe défend le bilan du MES

Alors que les libéraux allemands souhaitent dissoudre progressivement le mécanisme européen de stabilité, qui vient pourtant de fêter avec succès ses cinq ans d'existence, les chefs d'Etat de l'UE ont défendu hier son bilan.
Dans les coulisses du MES (mécanisme européen de stabilité)- Klaus Regling, Directeur général du MES
Dans les coulisses du MES (mécanisme européen de stabilité)- Klaus Regling, Directeur général du MES

Si l'UE a traversé une grave crise de la dette entre 2010 et 2015, il est un instrument qui a largement contribué à la sortir du gouffre : le Fonds européen de stabilité financière (FESF), instrument temporaire créé en mai 2010 et transformé en mécanisme européen de stabilité permanent (MES) en 2012. Les chefs d'Etat européens, qui se réunissaient hier après-midi lors d'un Eurogroupe pour faire un bilan des cinq années d'existence du MES, n'ont pas manqué de le souligner. "Nous avons dressé un constat très positif quant à l'action du MES. Le mécanisme a été efficace tant du point de vue du financement des Etats que de la levée de dette sur les marchés", a ainsi affirmé Jeroen Dijsselbloem lors de la conférence de presse de clôture de l'Eurogroupe.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes : les FESF et MES ont en effet prêté pour 272,5 milliards d'euros à la Grèce, l'Irlande, l'Espagne, Chypre et le Portugal entre 2011 et 2015, soit 2,5 fois plus que les prêts accordés par le FMI à ces pays sur la même période. Et depuis lors, tous les pays sont sortis avec succès du programme d'aide, mis à part la Grèce qui bénéficie encore du financement du MES. Celui-ci, possède encore une capacité de prêt de 376 milliards d'euros (sur 500 milliards à l'origine), grâce à un capital versé par les 19 Etats actionnaires de 80,4 milliards, et alors que les anciens pays sous aide ont commencé à rembourser les prêts. Sachant que ce MES a permis aux Etats endettés de faire de précieuses économies, en leur offrant un taux moyen de 1,17%, soit bien inférieur à ceux pratiqués sur les marchés. Le mécanisme a ainsi permis à la Grèce d'économiser près de 10 milliards l'an passé, soit 5,6% de son PIB, et 2,1 milliards à l'Espagne, soit 0,2% de son PIB.

Le MES représente donc un instrument de gestion des crises efficaces, et son directeur Klaus Regling est d'ailleurs convié demain à Washington par le Peterson Institute for International Economics pour défendre l'idée que l'Europe est désormais prête à affronter la prochaine crise. Mais l'UE souhaiterait aller plus loin et étendre les compétence du MES, en l'utilisant notamment comme backstop pour le futur fonds de résolution commun dans le cadre de l'union bancaire. Ce fonds de résolution commun, chapeauté par un conseil de résolution unique, permettrait une résolution ordonnée des défaillances des banques en affectant le moins possible le contribuable et l'économie réelle. Les ministres européens devraient discuter de la contribution du MES au mécanisme de résolution unique lors des prochains mois, selon Jeroen Dijsselbloem, mais "un large consensus semble se dessiner sur l'utilisation du MES comme backstop", a déclaré le président de l'Eurogroupe. 

L'avenir du MES est pourtant menacé alors que les libéraux du FDP, qui devraient siéger dans le futur gouvernement de Merkel, souhaitent de leur côté une dissolution progressive du mécanisme. Très opposés à tout instrument d'aide financière communautaire, le FDP, dirigé par Chrisitan Lindner, a déjà fait savoir à la Chancelière qu'il accepterait d'entrer dans la coalition à condition qu'Angela Merkel change l'orientation de sa politique. Et donc sans doute de sa politique européenne également. Si Angela Merkel est de son côté très favorable au contraire au MES, dont elle souhaitait initialement élargir les compétence pour en faire une sorte de fonds monétaire de l'UE, elle pourrait revoir ses ambitions à la baisse afin de parvenir à former son gouvernement. Le bilan dressé par l'ensemble des chefs d'Etat hier au sujet du MES a donc sonné comme un rappel à l'égard de l'Allemagne et de la Chancelière, que ce mécanisme a jusqu'ici très bien fonctionné et que l'UE ne compte pas s'en débarrasser, contrairement aux velléités des libéraux outre-Rhin. 

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