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L’IPO du géant pétrolier d’Arabie Saoudite sera-t-elle la plus grosse de l’histoire?
Le prince d’Arabie Saoudite, Mohammed Bin Salam, a lâché une bombe dans une interview à The Economist, publiée mercredi dernier, lorsqu’il a indiqué étudier une vente des parts dans Saudi Aramco, le producteur pétrolier du pays, et être personnellement enthousiaste pour ce projet. Une IPO du premier exploitant pétrolier mondial, qui affiche pas moins de 267 milliards de barils de réserves (15% des réserves mondiales), contre 40 et 25 milliards pour Rosneft et Exxon Mobil. De nombreux banquiers, qui n’avaient jamais entendu parler d’un tel projet, ont d’abord cru à une plaisanterie. Le journal britannique a envisagé que le Royaume puisse vendre 5% des parts de la maison-mère lors d’une cotation à Riyad, la place de marché qu’il a ouverte aux investisseurs l’an passé. Mais selon les dernières informations, il s’agirait dans un premier temps de coter des filiales en aval. Si nul ne sait si ce projet aboutira, l’hypothèse d’une telle opération, qui a créé l’émoi dans le secteur pétrolier mondial, mérite d’être analysée de près.
L’existence de Saudi Aramco remonte à 1933 lorsque l’Arabie Saoudite a confié une concession exclusive pour l’exploitation de son pétrole à Chevron. Ce dernier a signé une joint-venture avec Texaco en 1936, puis deux autres majors pétrolières ont rejoint le consortium, nommé Arabian-American Oil Company, soit Aramco. Mais dans les années 70, sur fond de résurgence du sentiment anti-occidental, le Royaume a décidé de nationaliser le groupe en le rachetant avec les revenus issus du pétrole. Il est depuis devenu une puissance incontestable dans le secteur de l’or noir, qui produit plus de 10% de l’offre mondiale d’or noir chaque jour et dont la stratégie est capable d’influencer l’évolution des prix. Sa production se chiffrait en décembre à 10,25 millions de barils par jour, soit deux fois plus que le russe Rosneft (5 millions de barils) et Exxon Mobil (4 millions), la plus grosse capitalisation pétrolière mondiale qui pèse 314 milliards de dollars à la Bourse de New York.
Mais à plus d’un titre, le timing de cette IPO a suscité des haussements de sourcils. Le baril poursuit sa chute vertigineuse et a touché son point bas depuis 2004, alors que les pays producteurs de l’OPEP refusent de réduire leurs quotas de production et que le marché s’inquiète de plus en plus du ralentissement de la croissance mondiale, en particulier sur fond de crise chinoise. L’Arabie Saoudite a gagné 285 milliards de dollars de ses exportations de pétrole en 2014, mais le prix du brut a encore reculé de 50% depuis fin 2014. Une facture douloureuse pour les pays exportateurs de brut, qui ont perdu 500 milliards de dollars de revenus l’an passé, selon l’Agence Internationale de l’Energie.
Saudi Aramco a déjà réussi à coter son activité de raffinage et pétrochimie, PetroRabigh, détenue conjointement avec le japonais Sumitomo Chemical, à la Bourse de Riyad en 2008. Et pourrait faire de même avec d’autres entités dotées de beaucoup de valeur. L’IPO de la maison-mère paraît bien plus improbable : les majors des principaux pays pétroliers sont toute détenues par l’Etat car hautement stratégiques. Reste que si elle est finalement enclenchée, Saudi Aramco pourrait être de loin la plus grosse capitalisation boursière mondiale. En l’absence de données chiffrées, difficile de donner une évaluation précise : certains avancent 1000 milliards de dollars à partir de ses seules réserves, d’autres jusqu’à 20 fois plus que l’américain Exxon Mobil, soit 6 000 milliards de dollars et plus de dix fois la capitalisation d’Apple, la plus importante valeur cotée mondiale.
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