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Brexit : militants et journaux tentent de convaincre les ultimes indécis

Les journaux ont publié des Unes très tranchées aujourd'hui invitant clairement les britanniques à sortir ou rester. A quelques heures de la fermeture des bureaux de vote, les militants sont encore nombreux à tracter dans les rues de la capitale.
Brexit Presse
Brexit Presse

Les militants du "Remain" et du Brexit étaient partout dans les rues de Londres aujourd'hui pour tenter de rallier à leur panache les derniers indécis, distribuant à tour de bras des autocollants "I'm in" ou "I'm out" et invitant les passants à échanger leurs points de vues sur le sujet. Ce matin, selon le poll of polls du Financial Times, basé sur une moyenne des différents sondages les plus récents, 6% des britanniques n'avaient pas encore choisi leur bord, contre 11% hier soir.

Si les derniers sondages et les sites de paris en ligne indiquaient ce matin une courte avance pour les partisans du Remain, les fils d'information financiers ne donnaient aucune tendance particulière en milieu d'après-midi, se gardant bien de prédire quoi que ce soit. Il faut dire que la commission électorale a interdit toute forme de sondage de sortie des urnes avant la fermeture des bureaux de vote ce soir à 22 heures : les journaux qui seraient tentés de le faire risqueraient ainsi d'importantes amendes voire une peine d'emprisonnement. Les marchés européens ont en tous cas décidé de voir la vie en vert, et étaient orientés à la hausse à 16H, le Dax gagnant 1,3%, le CAC 40 1,1% et l'indice de la Bourse de Londres 0,7%.

Les journaux du pays n'ont de leur côté pas cherché à afficher la neutralité et titré leurs Unes de façon très tranchée aujourd'hui. Les médias auront largement participé au débat tout au long de la campagne, et en particulier la presse tabloïd, qui soutient depuis le début le camp du Leave. Au lendemain de l'accord auquel était parvenu David Cameron avec Bruxelles début février, pour modifier certaines règles européennes dans le sens britannique, les journaux populaires avaient tous critiqué le deal, considéré comme trop peu exigeant. "Tu ne pourras pas gagner Premier ministre" avait alors titré le Daily Mail. Selon un responsable de Deutsche AM, les journaux grand public se sont malheureusement concentrés sur des arguments anecdotiques pour convaincre les britanniques de sortir de l'UE, et très peu ont traité des risques économiques liés au Brexit. 

Ce matin encore, le Sun, quotidien le plus largement diffusé dans le pays (à 2,2 millions d'exemplaires) titrait : "Independance Day, le retour de la Grande-Bretagne" ajoutant en commentaire, "vous pouvez délivrer le Royaume-Uni des griffes de l'UE dès aujourd'hui". Le Daily Mail, deuxième journal le plus lu chez les britanniques (1,78 million) affichait de son côté en Une : "Les quatre grands mensonges de l'UE", expliquant que "Bruxelles entamerait bien des discussions avec la Turquie pour lui permettre d'entrer", qu'une sortie du pays "n'entraînerait pas une guerre commerciale contre l'Allemagne", que "l'UE ne ferait rien pour améliorer le contrôle des frontières" et que "les migrants européens sans emploi ne seraient pas rapatriés dans leurs pays d'origine si la Grande-Bretagne restait dans l'UE". Le sujet de l'immigration est donc clairement mis en exergue, le quotidien n'abordant quasiment pas l'aspect économique du débat.

Le Daily Express est encore plus vindicatif: "Votre pays a besoin de vous: votez Leave aujourd'hui". "Le résultat du vote sera soit la libération de notre pays ou sa mort à petit feu", soutient ainsi le quotidien. Le journal cite ensuite cinq raisons de sortir de l'UE: la souveraineté retrouvée du Royaume-Uni, l'immigration, les retraites, expliquant sur ce sujet, que l'UE est en train de préparer "un accord secret d'union sociale", par lequel tous les sujets sociaux, dont les retraites ou les salaires minimums passeront sous le contrôle de Bruxelles. Le journal cite ensuite la défense et la sécurité du Royaume-Uni qui ne seront préservés qu'à condition de quitter l'UE et enfin le commerce et l'économie. Selon le quotidien, les 28 Etats membres ne sont toujours pas parvenus à un accord commercial avec les Etats-Unis en raison de divergences de vues trop importantes entre eux. Une fois sorti, le Royaume-Uni pourrait beaucoup plus facilement négocier avec les grands partenaires...Parmi les tabloïds, seul le Daily Mirror a choisi le camp du Stay aujourd'hui : "ne sautez pas dans le vide, votez pour rester dans l'UE", titrait le quotidien.

Plus inquiétant, le Daily Telegraph, quotidien "sérieux" le plus diffusé dans le pays a lui aussi dévoilé ce matin une liste à la Prévert des 20 raisons de sortir de l'UE : aux arguments traditionnellement avancés par les "Brexiter", ("nous pourrons récupérer notre argent, nous pourrons décider de qui entre dans notre pays, notre système judiciaire aura le dernier mot, nous  n'aurons plus à écouter les multiples présidents de l'UE"), s'ajoutent des justifications plus farfelues. Le quotidien explique ainsi que si la Grande-Bretagne sort de l'UE, les britanniques pourront enfin s'acheter des aspirateurs puissants, qui sont interdits depuis 2014 par la Commission pour des raisons d'économie d'énergie ! Le journal explique également que la couverture des passeports du pays pourra de nouveau être bleue, comme avant que l'UE ne décide de standardiser la couleur de tous les passeports, en 1998 ! "Vous pourrez jeter vos frigidaires dans des décharges normales", poursuit le quotidien qui n'hésite décidément pas à citer des arguments triviaux pour convaincre les lecteurs. En vertu d'une directive européenne de 2012 en effet, les réfrigérateurs doivent être jetés dans des unités closes spéciales, en raison des matériaux polluants qu'ils pourraient libérer lors de leur décomposition ! Des arguments qui pourraient convaincre la classe moyenne !

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