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L’amputation à bon compte d’Altice

L’opérateur télécoms organise un spin-off de ses activités américaines, et en profite pour distribuer un dividende exceptionnel de 1,5 milliard d’euros. Patrick Drahi a trouvé le moyen de contenter le marché et se désendetter sans vendre d’actifs, et mise désormais sur le développement d’un leader américain des télécoms.
Patrick Drahi
Patrick Drahi

Alors que Michel Combes a réussi une reconversion expresse avec sa nomination comme président et directeur financier de Sprint, le quatrième opérateur télécoms américain, il y a quelques jours, Patrick Drahi veut montrer qu’il sait lui aussi rebondir en ce début d’année. Altice vient ainsi d’annoncer le spin-off de ses activités américaines (Suddenlink et Cablevision), regroupées sous Altice USA, de ses activités détenues sous la maison-mère Altice NV, soit SFR, Portugal Telecom, les médias Libération et L’Express et rebaptisées Altice Europe. Altice NV, qui est aujourd’hui propriétaire de 67,2% d’Altice USA, devrait totalement en sortir d’ici à la fin du deuxième trimestre 2018, sous réserve de l’approbation des actionnaires et des autorités de la concurrence. «La séparation permettra à chaque entité de se concentrer davantage sur les opportunités de création de valeur sur leurs marchés respectifs et assurera une plus grande transparence pour les investisseurs", a souligné Dexter Goei, directeur général d’Altice USA, qui estime avoir répondu à la frustration liée à l’organisation « complexe » du groupe.

L’opération est surtout l’opportunité pour Patrick Drahi de faire remonter du cash bienvenu au niveau du holding de tête. Altice USA va ainsi distribuer dès à présent un dividende exceptionnel de 1,5 milliard de dollars, dont 900 millions à destination d’Altice NV qui en utilisera 625 millions pour rembourser ses dettes. La filiale américaine a également décidé de lancer une politique de rachats d’actions pour 2 milliards de dollars après le spin-off, ce qui sera favorable au titre, largement chahuté dans le sillon de la maison-mère depuis quelques mois.

Car avec cette annonce, Patrick Drahi, qui garde la présidence des deux nouvelles entités, souhaite isoler son activité américaine de câblo-opérateur, cotée à New York depuis juin 2017 et où de nombreuses opportunités demeurent, des actifs européens et en particulier SFR, qui ne parvient pas encore à rebondir. La publication des derniers résultats trimestriels décevants a entraîné un décrochage violent du titre, qui a perdu plus de 50% depuis juin dernier, et a entraîné dans son sillage sa filiale Altice USA. Les investisseurs sont inquiets du montant de la dette accumulée par le groupe après plusieurs acquisitions d’envergure, à environ 50 milliards d’euros. Certes, Altice a bénéficié de conditions de taux optimales en Europe pour refinancer 36 milliards d’euros dans les 18 derniers mois et n’a pas d'échéance de dette avant 2022, mais le jeu est risqué pour le marché. "La séparation permettra à chaque entité de se concentrer davantage sur les opportunités de création de valeur sur leurs marchés respectifs », affirme Dexter Goei, qui assure vouloir « grossir dans la durée ».

Patrick Drahi est parvenu à faire un beau coup, celui de rassurer les investisseurs - le titre grimpe de près de 6% à la Bourse de Paris - sans annoncer de cessions d’actifs. Certes après les ventes en Suisse en fin d’année, sa filiale en République Dominicaine serait la prochaine sur la liste, selon le Financial Times. Mais le scénario de la cession de Portugal Telecom à Orange semble de moins en moins réaliste, car le dirigeant franco-israélien est parvenu à éteindre le feu, en tout cas pour l’instant. Le défi est aujourd’hui de faire le dos rond en France, où les revenus ont reculé de 2% en 2017, avant de voir le bénéfice des abonnements liés à la diffusion exclusive de la Ligue des Champions, à partir d'août prochain.

De l’autre côté de l’Atlantique, couper la jambe malade était en effet essentiel si Altice veut pouvoir jouer dans la cour des grands aux Etats-Unis, où il est le quatrième câblo-opérateur du pays. Le groupe a déjà signé un accord avec Sprint, où officie désormais Michel Combes, pour utiliser son réseau et se lancer dans le mobile en fin d’année dernière, et a lancé sa première Box, un nouveau concept pour les américains. Mais les grandes tractations se poursuivent dans un secteur des télécoms en pleine consolidation aux Etats-Unis. L’été dernier, Altice - qui compte doubler de taille en cinq ans dans le pays - aurait étudié une offre à 185 milliards de dollars sur Charter, numéro deux du secteur, mais n’aurait pas donné suite et a ensuite connu les grandes difficultés boursières que l’on connaît. « Nous ne sommes pas encore à penser à notre stratégie en matière d’acquisitions », a assuré Dexter Goei ce lundi. Mais après ses déboires en Europe, Patrick Drahi voit sans aucun doute son salut dans la construction d’un empire américain des télécoms, à la suite de John Malone.


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