Accor peut-il être la prochaine cible d’une OPA ?
C’était une des grandes batailles de Sébastien Bazin lorsqu’il était, en tant que patron de Colony Capital, actionnaire d’Accor. La semaine dernière, il a enfin obtenu gain de cause lorsqu’il a annoncé la vente de 55% du pôle immobilier du groupe hôtelier au fonds souverain de Singapour GIC, accompagné de partenaires comme le fonds saoudien, Amundi, Crédit Agricole Assurances et, bien sûr, Colony NorthStar, pour 4,4 milliards d’euros. Pourtant, elle pourrait aussi coûter cher au P-dg du groupe puisque cette cession, qui était aussi appelée de ses vœux par l’autre actionnaire financier Eurazeo, a provoqué sa sortie.
Après quasiment dix ans au sein du groupe hôtelier, la holding d’investissement cotée a ainsi vendu son bloc de 4,2% du capital pour un total de 552 millions d’euros. Eurazeo aura au final doublé sa mise, principalement grâce au spin-off très réussi de sa filiale de services, Edenred. Introduite en Bourse à 11,4 euros en 2010, la filiale a vu son titre plus que doubler depuis et s’échange autour de 28 euros aujourd’hui. « A la lumière de notre thèse d’investissement quand nous sommes entrés au capital d’Accor en mai 2008 - le focus sur le métier de l’hospitalité, la valorisation de l’activité des services prépayés, l’internationalisation - on mesure les combats qu’il a fallu mener, le chemin parcouru et la valeur créée pour les actionnaires d’Accor et d’Eurazeo », s’est félicité son président Patrick Sayer, qui va passer le flambeau après 16 ans à la tête de l’investisseur.
Sous l’impulsion de Sébastien Bazin, cet investisseur devenu patron du premier groupe hôtelier européen, Accor se retrouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Après avoir réussi son travail d’internationalisation et à résister à la pression des nouveaux concurrents venus d’Internet comme Airbnb, le groupe a attiré l’intérêt du fonds de Singapour, GIC, qui a pris un bloc de plus de 10% du capital et se retrouve aujourd’hui à la manœuvre pour gérer l’avenir de ses murs d’hôtels partout dans le monde. Mais aussi et surtout du chinois Jin Jiang, le leader de l’hôtellerie dans le pays contrôlé par la ville de Shanghaï, qui a pris 12% du groupe en 2016 et avait annoncé avoir pour volonté de continuer à monter au capital. De quoi déclencher la réaction du gouvernement socialiste de François Hollande à l’époque, qui avait assuré suivre le dossier de près.
Depuis, le dossier s’est tassé et le chinois n’a pas donné suite. En parallèle, Accor a poursuivi son développement sur le marché chinois, grâce à son partenariat avec le concurrent direct de Jin Jiang, Huazhu. Grâce à la vente d’AccorInvest, le groupe compte utiliser 1,35 milliard d’euros pour racheter ses propres actions, soit 10% de sa capitalisation pour se protéger d’une éventuelle OPA. Mais avec une capitalisation boursière de 13 milliards d’euros, Accor est bien plus fragile face à l’intérêt grandissant d’acteurs émergents ou encore de ses grands concurrents américains cotés comme Hilton ou Starwood. Sans parler de la possible immixtion d’un activiste décidé à obtenir plus de rendement grâce à cette belle cagnotte. Mais un autre ex-Président, présent au board du groupe, veille lui aussi.
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