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Essilor, l'oeil de lynx

Le leader mondial des lunettes et lentilles a publié de très bons résultats, portés par les acquisitions. Mais il doit veiller à utiliser son cash pour investir, et non pour les actionnaires.
Les jours de présentation de ses résultats, Essilor est habitué à subir les prises de bénéfices et à voir la publication d'excellentes performances sanctionnées par un repli de son cours de Bourse. C'est pourquoi nul n'est surpris qu'il soit la plus forte baisse du CAC40 ce matin, même si cela suscite l'incompréhension. Car Hubert Sagnières, qui a pris la tête d'Essilor début 2010, n'a pas démérité pour obtenir les faveurs des investisseurs pendant sa première année de mandat. Le groupe, qui s'était déjà montré particulièrement résilient pendant la crise, a nettement mis le pied sur l'accélérateur l'an passé, au niveau de son chiffre d'affaires (+13,4% hors effets de change) et surtout de sa rentabilité. Essilor a enregistré une marge opérationnelle de 18% en 2010, notamment grâce à un flux de trésorerie positif très conséquent de 676 millions d'euros. C'est une vraie performance, surtout quand on sait que le groupe a bouclé 29 acquisitions sur la seule année 2010. Même s'il s'agit souvent de cibles de petite taille, ce défi de l'intégration est primordial, afin de comprimer les coûts et de créer un groupe homogène sous la marque Essilor. Or, le maillage géographique du groupe est la clé pour s'imposer dans les régions les plus dynamiques, celles dont la démographie est la plus active et qui sont encore peu pourvues en équipements optiques. A cet égard, la zone Amérique Latine représente un vrai vivier de croissance pour Essilor (+22,6% en 2010), suivie de près par l'Asie, Moyen-Orient et Afrique (+15,1%). Dans les pays développés, le groupe compte également miser sur la reprise aux Etats-Unis (+3,5% en 2010) et dans une moindre mesure en Europe (+2,3%). C'est la deuxième étape logique d'une stratégie d'entreprise, après avoir pénétré un marché et s'être imposé comme leader: lancer des produits plus hauts de gamme, qui offrent davantage de valeur ajoutée et de rentabilité. Pour renouveler sa gamme, Essilor n'a pas d'autre choix que de booster ses dépenses de R&D, préférer l'innovation à l'utilisation du cash au profit des actionnaires. Il peut paraître regrettable que le groupe ait brûlé 349 millions d'euros pour racheter ses propres actions, de l'argent qui aurait pu être mis au profit de l'innovation, et de la croissance de demain. Un lendemain qu'Essilor aborde avec optimisme, puisqu'il prévoit une croissance organique de 6 à 8% en 2011, et le maintien de ses marges. Les investisseurs ne l'ont pas attendu pour le constater puisque le titre avait pris plus de 9% depuis le début de l'année avant la publication des résultats annuels. Etant donné qu'Essilor ne vaut encore que 14,4 fois son résultat opérationnel, contre 16 fois en moyenne dans les 5 dernières années, le repli de ce matin semble bel et bien ponctuel.
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