Politique monétaire / Politique monétaire
Politique monétaire
Politique monétaire
La libéralisation du yuan peut-elle perturber l'économie mondiale?
La
Banque Centrale chinoise va t-elle lâcher du lest sur sa devise ? Le cours du
yuan a connu hier sa plus forte baisse contre le dollar en près de quatre ans, à -0,46% tandis que la parité s'est établie à 6,1266, soit en dessous du taux
de référence de la Banque Centrale pour la première fois depuis septembre 2012.
La baisse a surpris les marchés alors que depuis juillet 2005, le yuan avait
constamment progressé contre le billet vert, de 35%. Les autorités chinoises
ont visiblement décidé d'y mettre fin : l'administration des changes chinoise, SAFE, qui gère les quelques 3000 milliards de dollars de réserves du pays, a
déclaré que le taux de change était destiné à être plus volatil. « Les autorités chinoises avaient prévenu en début d'année
de l'élargissement de la bande de fluctuation du yuan; la légère volatilité
constatée depuis quelques jours est le signe qu'elle devrait avoir lieu
bientôt", explique Christopher Dembik, analyste financier chez Saxo
Banque. Selon lui, « la fourchette de fluctuation devrait passer de + ou -
1% à + ou - 2% en mars ou avril ».
Quels pourraient être les facteurs d'incitation pour que la Banque centrale mette un terme à l'appréciation de sa devise ? Et cette dévaluation pourrait-elle fragiliser l'économie mondiale, alors que l'appréciation du yuan avait permis de résorber le déficit américain avec la Chine ou de mieux absorber les conséquences de la chute du yen ? En poussant le yuan à la baisse, la Chine souhaite tout d'abord casser la logique des investisseurs internationaux, qui exportent des capitaux dans le pays afin de profiter de la hausse continue de la devise et de taux plus élevés. Selon Kit Juckes, analyste à la Société Générale, la PBOC essaye de couper court aux mouvements de carry trade de certains investisseurs ; en laissant baisser la devise, elle leur montre que le pari sur l’appréciation de la devise chinoise à long terme n’est pas forcément le bon. Autre motif : compenser le ralentissement attendu de la croissance par une hausse du commerce extérieur, aidé par la baisse de la devise. La dévaluation est également une façon de « déleverager » son économie, estiment les analystes d’Aurel BCG. Les autorités utiliseraient ainsi la dépréciation pour « faciliter les ajustements économiques ». Enfin, « avec la libéralisation de son compte de capital et notamment la volonté d’internationaliser le yuan et d’en faire une devise de réserve, la Chine doit laisser une place plus importante aux forces du marché », estime Aurel.
Un
affaiblissement trop prononcé du yuan face au dollar serait cependant un
mauvais signal : il pourrait en effet indiquer que la croissance chinoise
ralentit de manière plus forte que prévu. Mais il y a peu de chances pour que ce
scénario se produise : car selon Christopher Dembik, la dévaluation du
yuan est surtout un signe politique et ne devrait avoir lieu que très
lentement. « Les autorités continuent d’appliquer la méthode des petits
pas et la volatilité sera donc très limitée. Elle ne devrait pas créer de
remous particuliers ». Le processus d’élargissement de la bande de
fluctuation en est d’ailleurs une bonne illustration : la fourchette est
passée de plus ou moins 0,3% à plus ou moins 0,5% en 2007, avant d’être
remontée à 1% en avril 2012. « Il sera cependant intéressant de
suivre dans les prochains mois l’évolution
du pilotage du taux de change chinois », estime Aurel, « car lorsqu’une
tendance solidement établie, comme la hausse du yuan, s’interrompt, des
déséquilibres et des conséquences potentiellement néfastes peuvent apparaître ».
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