Vivendi n'a pas dit son dernier mot
Après un gros coup dur sur le dossier Telecom Italia, où il a perdu le contrôle du conseil d’administration au profit de l’activiste Elliott au début du mois, Vivendi avait à cœur de donner le change. Réuni pour la première fois sous la présidence de Yannick Bolloré, qui a été nommé par surprise par son père lors de l’AG du 19 avril dernier, le conseil de surveillance a validé le chiffre d’affaires du premier trimestre du groupe, mais aussi officiellement autorisé le directoire à « étudier et réaliser les opérations juridiques préalables nécessaires à l’évolution possible de la structure actionnariale du capital ».
Véritable locomotive du groupe, Universal Music a vus ses revenus progresser de 4,5% à taux de change et périmètre constants, à 1,22 milliard d’euros (-4,8% en termes réels en raison d’un décalage des sorties d’albums). Ce sont les ventes d’abonnements et de streaming (+31,5%) qui compensent la baisse des ventes physiques (-26,2%) et de téléchargements (-25,6%), certes par comparaison avec un début d’année 2017 tonitruant, avec trois blockbusters. Mais Arnaud de Puyfontaine, le président du directoire du groupe, n’a pas hésité à se montrer très bullish sur la valeur de la filiale lors du call avec les analystes : « la valorisation de Spotify est intéressante. Nous pensons que celle d’Universal Music est supérieure à cela», a-t-il indiqué à propos du service de streaming musical suédois, qui a réalisé sa cotation directe à New York début avril et dont il détient 3 à 4% du capital.
Or, le titre de Spotify a progressé de 20% depuis son entrée sur les marchés, et le groupe vaut désormais 28 milliards de dollars en Bourse. Par comparaison, Vivendi, dont le titre est resté stable depuis le début de l’année, pèse 30,5 milliards d’euros (36 milliards de dollars), ce qui signifie que le dirigeant considère qu’Universal Music représente l’essentiel de la valeur du groupe à l’heure actuelle. Car Canal Plus continue à affronter un marché difficile en France, où il a perdu 73.000 abonnés sur l’année.
En tout état de cause, l’hypothèse d’une IPO, qui pourrait permettre à Vivendi de dégager d’importantes liquidités en vendant une part minoritaire, relance les spéculations sur les plans en vue de Vincent Bolloré pour son groupe. Repartira-t-il à l’assaut en Italie ? Vivendi ne semble pas avoir jeté l’éponge puisqu’il s’est dit « inquiet » de la nouvelle gouvernance » et du « risque de démantèlement » sous la direction d’Elliott. En tant qu’actionnaire principal, il se réserve donc le droit de « demander la convocation d’une assemblée générale pour proposer de remanier le conseil d’administration », qui légalement disposerait alors de 40 jours pour convoquer une AG. Une attitude jusqu’au-boutiste qui montre que Vincent Bolloré n’a pas dit son dernier mot sur son projet de Netflix européen.
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