M&A : les corporates français avides de transformation en 2017
Jusqu’au bout de l’année, les banquiers d’affaires n’auront pas chômé, comme le démontre l'annonce du deal Thalès-Gemalto pour 4,8 milliards d'euros il y a seulement quelques jours. Une contre-offre sur l'OPA d'Atos et qu'il a financé en l'espace de cinq jours seulement, signe du dynamisme ambiant en ce moment dans l'Hexagone. Le volume des opérations M&A annoncées est certes en léger retrait (-4,4% à 93,4 milliards d’euros) par rapport à 2016 selon Dealogic, mais avec un comparable très élevé.
De l'avis d'un spécialiste, « le marché français des M&A a été encore plus dynamique que les autres marchés européens cette année, un effet de rattrapage car la France avait redémarré plus tardivement », fait remarquer Guillaume Molinier, associé-gérant chez Lazard. Et même si de grands deals cross-border sont à relever, à l’instar de l’acquisition de l’américain Whitewave par Danone ou encore de GE Water par Suez, les acteurs du CAC 40 et leurs confrères n’ont pas privilégié les Etats-Unis ou la Chine comme réservoirs de croissance. « En 2017, il y a eu un peu moins d’opérations transfrontalières, mais plutôt des orientations stratégiques fortes chez les grands corporates français, comme cela a été le cas avec Safran-Zodiac ou encore tout récemment avec Thalès-Gemalto », commente Guillaume Molinier.
Car plus que jamais, les mastodontes de la cote sont confrontés à la disruption, à l’émergence de nouveaux métiers qu’ils peuvent choisir d’intégrer en ayant recours à la croissance externe. C’est le choix qu’a fait Safran pour mieux concurrencer les équipementiers mondiaux d’avion, ou encore Thalès pour se positionner sur la cyber-sécurité ou le paiement sans contact. Le private equity, qui identifie des cibles plus petites, à moins de 2 milliards d’euros, n’est de son côté pas en reste puisque deux deals d’envergure ont été bouclés cette année : la vente des laboratoires Cerba pour 1,8 milliard d’euros et des maisons de retraite DomusVi pour 1,5 milliard. Ces deux groupes ont d’ailleurs été vendus à nouveau en LBO, preuve que le non coté a du mal à trouver des cibles d’envergure en primaire.
Le vrai challenge des acteurs du CAC40 à l’heure actuelle est plus protéiforme : les investisseurs activistes, qui ont essaimé en Europe et sont de moins en moins marginalisés. « L’activisme actionnarial a nettement évolué, il s’est étendu au plan géographique avec la naissance d’activistes en Europe, comme Cevian qui s’est manifesté sur Rexel. Par ailleurs, certains actionnaires institutionnels sont plus réceptifs à leurs campagnes », analyse Guillaume Molinier. Le meilleur exemple est celui de Procter & Gamble, où grâce à l’appui de Blackrock et State Street, Nelson Peltz a finalement obtenu un siège au board, malgré les semaines de désaccord sur l’issue du vote en AG. Les conseils ont un rôle majeur à jouer dans ces grandes batailles et même en amont, et Lazard a pris un sérieux pari sur ce segment, avec une équipe dédiée à Paris et aux Etats-Unis.
Une chose est sure : les éléments étaient réunis pour un beau millésime des M&A en France en 2017. « Plusieurs facteurs ont stimulé la reprise des fusions-acquisitions cette année : le retour de la croissance économique plutôt bien répartie en Europe, des marchés boursiers bien orientés et surtout des actionnaires plus réceptifs à des opérations transformantes. Mais aussi la montée de l’activisme, qui accélère les réflexions stratégiques des entreprises », commente Guilllaume Molinier. Qui juge que ces éléments sont toujours présents pour 2018, et se montre raisonnablement optimiste pour l’année prochaine. Avec deux points de vigilance néanmoins: les risques géopolitiques - qu’ils viennent du protectionnisme, du Brexit ou du Moyen-Orient - et des niveaux de valorisation déjà élevés.
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