La Grèce fait défaut !
Certes, on peut se réjouir de l'issue de l'échange de dette. Mais il ne faut pas perdre de vue que ce succès est celui d'un défaut organisé, où les créanciers perdront plus de 93 milliards d'euros.
Les marchés sont euphoriques ce matin, après l'annonce du large "succès" du programme d'échange de dette grecque, dévoilé par le gouvernement hellène. Au terme de plusieurs mois de négociations, la Grèce a finalement recueilli 83,5% d'acceptation de l'ensemble des titres de ses créanciers, soit 172 milliards d'euros. Dans le détail, la participation des bailleurs de fonds dont les titres étaient régis par la loi grecque (85,8%) a été plus importante que celle des créanciers qui détenaient des titres sous loi anglo-saxonne ou suisse (69% des titres échangés).
La Grèce a donc largement dépassé la barre symbolique de 75%, en deçà de laquelle elle avait annoncé qu'elle abandonnerait l'échange et ferait défaut. On comprend le soulagement des bourses et investisseurs: le PSI validé, la Grèce devrait recevoir la nouvelle tranche d'aide de 130 milliards d'euros de l'UE, et les 14 milliards d'euros de titres arrivant à échéance le 21 mars seront remboursés.
Il ne faudrait cependant pas oublier que derrière l'expression devenue courante de "programme d'échange de dette", se cache celle d'un défaut certes organisé et partiel, mais qui effacera plus 53% de la valeur des titres des créanciers. Le PSI, tel qu'il avait été initialement prévu en juillet, prévoyait une décote de 25% ! L'échange de titres permettra finalement à la Grèce d'effacer au moins 93 milliards d'euros de dette, autant de pertes pour les bailleurs de fonds.
Sachant que ce montant pourrait être plus élevé puisque les clauses d'action collectives seront activées. Selon le communiqué du gouvernement grec, l'ensemble des titres sous loi grecque seront concernés par l'échange, grâce au déclenchement des CAC (le vote positif du quorum de créanciers en faveur des CAC est acquis, vu le pourcentage de participation au PSI). Dans ce cas, d'après le ministère des Finances grec, l'échange de dette sera appliqué à 95,7% de l'ensemble des titres. Ce qui constituera des pertes de 104 milliards d'euros pour les créanciers.
Ce programme d'échange de dette constitue donc le plus gros défaut partiel jamais organisé par un Etat, qui a triché et falsifié ses comptes pendant de longues années. Et à qui l'UE s'apprête à tendre une nouvelle fois la main, avec le second plan d'aide. Il faut espérer que malgré la clémence des créanciers et des autres Etats de l'UE, la Grèce retienne les leçons de la crise des deux dernières années et prenne progressivement le chemin d'une meilleure gestion de ses finances et un plus grand contrôle fiscal. Elle risque sinon de donner le mauvais exemple aux autres Etats fragiles, qui n'ont pour l'instant pas bénéficié d'un échange de dette et s'attellent péniblement à rentrer dans les clous budgétaires.
© Copyright WanSquare
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite
Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article
À lire aussi

