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Les banques se méfient des PIIGS

Les banques ont pour la première fois réduit leur exposition à la zone euro fin 2010. Ce qui sera plutôt négatif sur leurs résultats puisqu'elles ont vendu des titres à une valeur dégradée.
Les chefs d'Etat des pays core ont eu beau promettre qu'ils n'abandonneraient pas à leur sort les pays périphériques en crise, ils n'ont pu empêcher leurs institutions financières de s'en méfier comme de la peste. Selon les derniers chiffres de la Banque des Règlements Internationaux publiés aujourd'hui, les engagements des banques auprès de contreparties de la zone euro ont chuté de 422 milliards de dollars au dernier trimestre de l'année 2010, soit une baisse de 1,4%, tandis que sur la période précédente ils avaient progressé de 2,3% et étaient restés stables au deuxième trimestre. Pour la première fois donc, les banques ont jugé qu'elles étaient sans doute surexposées aux pays périphériques, en comparaison du risque que ces pays représentaient. Le recours à l'aide européenne de l'Irlande à l'automne dernier, puis du Portugal il y a quelques semaines, semble leur avoir donné raison. Mais pourquoi ne pas avoir réduit leur exposition plus tôt en 2010, sachant qu'au troisième trimestre, la crise de la dette était déjà bien entamée? Sans doute ont-elles alors accru leurs portefeuilles en titres des pays périphériques afin de profiter de prix très attractifs : entre juillet et septembre 2010 par exemple, les prix des titres de l'Etat irlandais à dix ans ont baissé de près de 10%, tandis que ceux de la Grèce restaient stables mais relativement attractifs, situés autour de 74 euros. Les banques européennes se sont sans doute inquiétées plus tard de détenir des titres dont la valeur ne cessait de se dégrader. Aujourd'hui, une obligation hellène à dix ans ne vaut plus que 56 euros et un titre irlandais de même échéance 68 euros, contre 85 euros début juillet. Selon les économistes, une partie des désengagements de la part des banques européennes "core" vis-à-vis des PIIGS s'est traduite les trois derniers mois de 2010 par des cessions de titres à une valeur nettement dégradée. Ce qui aura nécessairement eu un effet négatif sur leurs résultats. Selon la BRI cependant, la baisse des expositions des banques européennes s'explique surtout par le repli des engagements vis-à-vis du secteur bancaire, plus qu'envers des titres souverains. Sur les 422 milliards de retraits, 172 milliards de dollars proviennent de transfert d'actifs financiers vers des sociétés de gestion non bancaire. L'Irlande, dont la majeure partie du système bancaire a été restructurée et nationalisée, a connu la plus forte baisse des engagements, de 18% selon la BRI. Les banques françaises sont celles qui se sont montrées les plus craintives, selon le rapport : elles ont réduit leur exposition aux PIIGS de 22% au dernier trimestre dont 33% environ à l'Irlande et 28% au Portugal. Au total, les institutions financières de l'Hexagone ont réduit leur exposition aux pays périphériques de 33% sur un an. Mais si les banques françaises peuvent paraître plus lâches que leurs consoeurs européennes, il reste qu'elles étaient aussi à l'origine les plus exposées aux PIIGS.
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