Pourquoi l'Espagne inquiète
L'Espagne souffre des craintes des investisseurs de voir la crise grecque se propager au pays. Malgré le creusement de son déficit, ses finances publiques sont pourtant en meilleur état.
"L'endroit le plus chaud d'Europe n'est pas la Grèce mais l'Espagne"; ainsi s'exprimait le nobélisé Paul Krugman sur le blog du New York Times en février. Depuis quelques jours, les investisseurs ont reporté leurs craintes sur le pays, devenu le nouveau mouton noir de l'Europe malgré les tentatives des autorités européennes de rassurer. Une crise de la dette espagnole serait nettement plus néfaste que celle de la Grèce, qui ne représente que 3% de l'Union monétaire. L'Espagne est elle la quatrième économie de la zone et constitue 12% de sa richesse.
D'un côté, les chiffres des finances publiques sont bons: la dette représente 54% du PIB, contre 115% pour la Grèce. Et même si, selon BNP Paribas, la dette devrait augmenter à la faveur de la forte récession, celle-ci devrait rester en-deçà de la moyenne européenne. L'inquiétude des investisseurs concernant la solvabilité de l'Espagne est donc infondée du point de vue des finances publiques, selon Philippe Sabuco, économiste chez BNP Paribas. "La rumeur selon laquelle l'Espagne allait demander 280 milliards de dollars au FMI et ses conséquences sur le marché prouvent la très grande fébrilité des investisseurs. (...) Ceux-ci surréagissent au news alors que les fondamentaux économiques (de l'Espagne) et notemment la situation de ses finances publiques, ne sont pas si mauvais. Dans le contexte actuel, la réaction des marchés n'est pas justifiée par l'analyse économique".
Les investisseurs ont pourtant quelques raisons de s'inquiéter : l'Espagne est entrée en récession au deuxième semestre 2008, avec un déficit de 3,8% qui s'est creusé en 2009 pour atteindre 11,2%. "Les deux moteurs de la croissance ibérique - l'endettement privé et la construction - sont désormais en panne ", explique Philippe Sabuco. La violente crise immobilière et la volonté de désendettement des agents privés pénaliseront la croissance à moyen terme. En 2009, la dette des ménages espagnols était de 84% du PIB, contre 39% en Grèce, et celle des entreprises était de 137% en Espagne, contre 38% en Grèce. "L'Espagne va devoir préparer un modèle de croissance plus équilibré et procéder à un rééquilibrage sectoriel", poursuit l'économiste.
Le plan d'austérité de 50 milliards d'euros annoncé en janvier dernier par le gouvernement, et destiné à ramener le déficit à 3% en 2013, ne semble pas convaincre les investisseurs. Notamment parce que l'opposition conservatrice et le gouvernement socialiste ne sont pour l'instant pas parvenus à sceller d'union sacrée pour lutter contre la crise. Ceux-ci sont déchirés par les réductions des dépenses publiques et la réforme du marché du travail.
Avec un taux de chômage de près de 20% et un déficit qui devrait continuer de se creuser jusqu'en 2012, selon les prévisions du FMI, il faudra donc aux autorités espagnoles du courage politique pour réorienter son activité et prendre des mesures d'austérité suffisantes.
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