Wendel qui rit, Apax qui pleure
Wendel vient de vendre ses derniers titres Legrand. Initié en 2002, cet investissement s'est révélé très juteux. Apax, comme Boussard & Gavaudan, ne peuvent pas en dire autant avec GFI Informatique.
Qui a dit que les actions n'étaient plus le placement le plus rémunérateur sur le long terme ? Certes, la dernière décennie n'est pas vraiment favorable à cette classe d'actifs en raison des coups de grisou intervenus entre 2007 et 2011. Le parcours de certains titres vient toutefois contredire ce constat. Il en est ainsi de Legrand, le spécialiste du matériel électrique. Remis en Bourse en avril 2006 sur la base de 19,75 euros par action, par ses deux actionnaires majoritaires le fonds KKR et Wendel (qui ont conjointement acquis la firme en 2002), le groupe coté a plutôt bien résisté à la crise. C'est ainsi sur la base unitaire de 36 euros que Wendel a pu intégralement sortir de cette participation, hier, en vendant le reliquat de 5,4% du capital qui lui restait, KKR étant lui aussi sorti progressivement ces dernières années.
Une très belle opération pour les deux investisseurs et notamment pour Wendel qui récupère à l'occasion de cette dernière transaction 520 millions d'euros et engrange une plus value de 370 millions d'euros. Au total, l'investissement dans Legrand a généré un TRI global de 19% et un multiple de 3,9 sur 11 ans pour la société d'investissement française.
Legrand fait partie des sociétés hexagonales à avoir très tôt orienté son offre vers les pays émergents et les Etats-Unis. Elle présente ainsi une très grande régularité de ses résultats. En 2013 encore, elle a prévu une marge opérationnelle d'environ 20%. Si la Bourse chahute aujourd'hui le titre (qui perd actuellement environ 4%), c'est en raison de la fin de l'opération de placement de Wendel. Certains investisseurs s'étaient sans doute placés dans la perspective de cette cession logique, en imaginant que le cours devrait être tiré vers le haut à cette occasion. L'action progresse encore de 12% depuis le début de l'année, malgré cet à-coup. Et s'adjuge 100% sur cinq ans.
Tout le monde ne peut pas en dire autant. Et surtout pas les deux fonds Apax Partners et Boussard & Gavaudan dans le dossier GFI Informatique. Entrés entre 2007 et 2008 au capital de cette SSII, lorsque le titre valait entre 7 et 9 euros, ils sont notamment passés à côté d'une OPA lancée sur la base de 8,50 euros avant de voir le cours sombrer jusqu'à 2,32 euros fin 2011. Apax doit sérieusement s'en mordre les doigts, le fonds s'étant montré hostile à l'OPA organisée par le japonais Fujitsu. Aujourd'hui, les deux fonds d'investissement lancent de concert une OPA sur GFI Informatique sur la base de 3,75 euros. L'offre semble peu généreuse au regard de l'historique du cours. Comme dans le dossier Club Med, un expert indépendant a été nommé, et encore une fois, c'est le cabinet Accuracy qui a été mandaté.
Le cas GFI Informatique est pourtant très différent de celui du groupe d'Henri Giscard d'Estaing. Ici, deux actionnaires réunissant au total 58% du capital se sont entendus pour déclarer à l'AMF qu'ils agissaient de concert. A ce titre, ils se devaient donc de lancer une OPA obligatoire, sans possibilité de conditionner leur offre. Ils ne peuvent, certes, pas proposer un prix indécent. Mais peu leur importe d'obtenir un grand nombre d'actions. L'opération leur permettra surtout, d'abaisser leur prix de revient (il est de 6,40 euros pour Apax et de 7 euros pour Boussard & Gavaudan). Et d'unir leurs forces pour élaborer une stratégie offensive en vue de doper la rentabilité de la SSII.
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