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Coup de grisou pour la croissance française

L'INSEE a revu à la baisse le chiffre du PIB pour le premier trimestre, qui a finalement progressé de 0,2% au lieu de 0,3% initialement annoncé. En cause, un fléchissement plus fort que prévu de la demande intérieure. Le deuxième trimestre ne s'annonce pas très bon, les mouvements de grève ayant plombé la consommation.
France - Paris - drapeau français - deuil
France - Paris - drapeau français - deuil

L'INSEE a donc dévoilé aujourd'hui sa deuxième estimation de PIB pour le premier trimestre de cette année. Et contrairement à ce qu'anticipait le consensus, l'institut a révisé à la baisse le chiffre de la croissance de l'Hexagone entre janvier et mars, qui a donc finalement progressé de 0,2% contre 0,3% initialement annoncé. "C'est une mauvaise surprise car les révisions sont rarement aussi fortes", commente Julien Manceaux, analyste chez ING. Après avoir affiché une croissance de 0,7% lors de chacun des trois derniers trimestres de l'an dernier, le ralentissement est effectivement important pour la France.

Cette révision à la baisse du PIB provient en grande partie d'une contraction plus forte que prévue de la demande intérieure : dans le détail en effet, l'INSEE précise que les dépenses de consommation ont progressé de 0,1% seulement, tandis que les investissements se sont effondrés, pour atteindre 0,1% contre 0,5% annoncé lors de la première estimation. "Au total, la demande intérieure finale hors stocks ralentit et contribue moins à la croissance : +0,2% après +0,4%", expliquent ainsi les responsables de l'INSEE. Et si les importations ont diminué de 0,2%, les exportations ont encore plus ralenti, de -0,3% ne permettant donc pas au solde extérieur de contribuer à la croissance au premier trimestre. Enfin la production totale de biens et services a également ralenti, passant de +1% entre octobre et décembre 2017 à 0,1% seulement entre janvier et mars.

Faut-il pour autant s'inquiéter pour la croissance globale en 2018 après ce premier trimestre un peu faiblard ? Certes, malgré ce coup de froid, l'acquis de croissance pour 2018 (soit le niveau qu'atteindrait le PIB si la croissance stagnait jusqu'à la fin de l'année) reste de 1,2% selon l'INSEE. Qui ajoute que "les révisions ont été plus fortes ce trimestre en raison du calage des comptes trimestriels sur les comptes annuels des années 2015 à 2017". Un "calage" dont les analystes étaient au courant et qui n'a pourtant pas impacté leurs prévisions, puisque le consensus estimait que le PIB ne serait pas revu à la baisse.

Il y a d'autant plus lieu de s'inquiéter que les chiffres de la consommation pour le mois d'avril publiés ce matin sont également décevants. Celle-ci a effectivement décliné de 1,5% sur un mois, en grande partie en raison des mouvements de grève des transports. "Les grèves de la SCNF et d'Air France ont eu lieu à la fin des vacances de Pâques et au moment des ponts de mai. Les gens ont donc moins bougé et ont moins dépensé du même coup", explique encore Julien Manceaux, d'ING. Si rebond de la consommation il y a cette année, il n'aura donc sans doute pas lieu avant l'été, estime encore l'analyste.

ING pourrait donc revoir sa prévision de croissance pour l'instant située à 2,1%, à la baisse, en fonction de l'évolution de la consommation, qui contribue pour plus de moitié au PIB français, et des investissements. Le gouvernement lui, en avril dernier, a revu son chiffre de croissance à la hausse, de 1,9% à 2% pour 2018 (contre une estimation de 1,9% pour la Banque de France et de 2,1% pour le FMI). Un objectif toujours atteignable vu l'optimisme encore important des dernières enquêtes de confiance et alors qu'un rebond est attendu au moins sur la seconde partie de l'année. Mais "de gros nuages commencent à s'accumuler au dessus de l'Europe", avertit l'analyste d'ING. Qui estime qu'en cas de crise financière en Italie, l'ensemble de la zone euro devrait souffrir et le contexte très porteur de l'an dernier disparaître. Le second semestre serait alors beaucoup moins bon que prévu en Europe, et en France donc... 

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