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La grande bataille de la liquidité

L'application des nouveaux ratios de liquidité pourrait être aussi décisive pour les banques que pour l'économie.
Tandis que l'Europe s'apprête à engager des tests de liquidité pour s'assurer de la bonne résistance des banques européennes après la crise du secteur irlandais, les établissements s'inquiètent des effets de la réforme Bâle III en la matière. Elle ne devrait pas s'appliquer sans perturber leur modèle économique, voire le financement de l'économie en général. Le calendrier d'application de Bâle III a beau s'étaler jusqu'en 2018, les inquiétudes sont très sérieuses dans le milieu bancaire. Il y a quelques jours, Frédéric Oudéa, le patron de la Société Générale, a alerté en tant que président du comité de régulation du lobby bancaire international, l'Institute of International Finance (IIF), sur les conséquences des ratios de liquidités imposés par le comité de Bâle. "Plusieurs nouvelles mesures de liquidités vont directement entraver les acteurs économiques", a-t-il souligné. Alors que Bâle II ne prenait pas en compte le risque de liquidité, le nouveau cadre prudentiel crée deux ratios en la matière. Le premier à 30 jours (LCR), qui sera testé dès cette année, s'imposera à partir de 2015. "Les établissements vont devoir adapter leur politique de placements pour se tourner davantage vers des titres considérés comme plus liquides, comme les corporate bonds ou les covered bonds très bien notés et les titres d'Etat", explique Sophie Sotil-Forgues, senior manager chez KPMG. Ce mouvement se fera, entre autres, au détriment des actions et des OPCVM monétaires. Le deuxième ratio de liquidité à un an (NSFR) devrait être généralisé à partir de 2018. "Demain, on considérera qu'il faut utiliser d'autres sources que les dépôts pour financer les encours de crédits. Il va falloir faire des emprunts à plus long terme", ajoute la spécialiste des questions réglementaires. "Il est assez difficile d'appréhender ce qui va se passer sur le LCR, lorsque la BCE et la Fed mettront fin à leur politique d'allocation illimitée", expliquait Danielle Sindzingre, responsable mondiale trésorerie et repo de la Société Générale, lors d'une conférence des professionnels des marchés de la dette et des changes, la semaine dernière. Pour cette professionnelle, la question de la liquidité à court terme est une des priorités absolues des banques et le Comité de Bâle doit conserver une période d'adaptation relativement longue, sinon les établissements seront pris de court. Les banques ne sont pas les seules concernées. L'application des deux ratios de liquidité pourrait impacter significativement le financement de l'économie. Le premier ratio incite, entre autres, à se désengager des actions, ce qui ne sera pas sans conséquence sur le financement des entreprises par le marché. Quant au deuxième ratio, il pourrait dissuader les banques de faire des prêts. "Dans le cadre du financement de l'économie, elles pourront moins assurer leur rôle de transformation et devront recourir à des émissions plus chères", assure Sophie Sotil-Forgues. D'où l'importance de la période d'observation et de la clause de révision prévue pour les deux ratios.
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