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L'Irlande ou l'échec des stress tests

Le pays a finalement demandé l'aide de l'Union financière pour venir au chevet de son secteur bancaire malade. Les stress tests n'avaient pourtant rien diagnostiqué.
La résistance irlandaise aura finalement été de courte durée. Prise d'assaut par les pays de l'Union européenne qui la poussaient à faire appel à l'aide européenne, elle a rendu les armes hier soir et attend désormais un versement européen qui pourrait atteindre 90 milliards d'euros. La réaction de la presse celtique ne s'est pas fait attendre: l'ensemble des journaux accuse le gouvernement actuel de n'avoir ni anticipé ni géré la crise actuelle des banques. Un reproche qui pourrait tout autant être appliqué aux institutions européennes: le comité des régulateurs bancaires européens (CEBS), chargé de coordonner l'exercice des stress tests réalisé fin juillet dernier, n'avait certainement pas prévu la débâcle du système financier irlandais. Pour rappel, sur les 91 banques soumises aux tests de résistance cette année, seules sept avaient échoué mais aucune d'entre elles n'était irlandaise. Les banques ont certes été soumises à des tests sévères pour déterminer l'ampleur de leurs pertes dans un contexte de dégradation des emprunts immobiliers. Mais ces exercices n'ont pas réussi à prendre en compte l'impact de sorties massives de dépôts ou de coûts de financement exorbitants, deux phénomènes qui grèvent actuellement les banques irlandaises. Ainsi, au cours du seul mois de septembre, les banques irlandaises ont perdu 38 milliards d'euros de dépôts, soit 5% du total de leurs dépots. Et les banques ne parviennent plus à se refinancer sur le marché interbancaire: selon une note de Morgan Stanley, les établissements de l'Eire se refinancent auprès de la BCE à hauteur de 120 milliards d'euros, soit presque autant de liquidités que ce que leurs concurrents allemands et français réunis obtiennent actuellement de la banque de Francfort. Les marchés ne se sont d'ailleurs pas laissés berner par les résultats de ces stress tests et ont fait pression sur les taux irlandais, après avoir réalisé que l'intervention de la NAMA (l'agence de défaisance) ne suffirait pas à sauver le système bancaire, et menaçait les autres banques européennes. Ainsi, selon les chiffres de la Banque des règlements internationaux, les établissements du Royaume-Uni, de l'Allemagne et de la France sont respectivement exposées à hauteur de 162,8 milliards, 150,6 milliards et 62,7 milliards d'euros à la dette du Tigre celtique, dont 42,3 milliards, 46 milliards et 21,1 milliards d'euros aux seules banques irlandaises. L'exemple irlandais a donc souligné l'incapacité des stress tests à relever la fragilité financière des banques européennes. Face à cet échec, les investisseurs pourraient tester par eux-même la résistance des banques des autres PIIGS, en faisant pression sur les titres des Etats fragiles. L'Espagne, dont 5 banques avaient échoué aux tests de juillet, pourrait être leur prochaine cible. Les valeurs bancaires ont d'ailleurs tiré la bourse madrilène à la baisse aujourd'hui sur fond de crainte d'un scénario à l'irlandaise: Santander, BBVA et Banco Popular ont respectivement perdu 4,03%, 3,87% et 3%.
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