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Le salaire des patrons n'est plus un sujet

Avec un recul de 4 % de leurs rémunérations pour l'année 2012, les patrons du CAC 40 ne sont plus cloués au pilori. Preuve que l'auto-régulation et de nouvelles pratiques fonctionnent.
C'est le journal Les Echos qui en fait le constat dans son édition de ce jeudi : la rémunération globale des patrons du CAC 40 a reculé de 4 % en moyenne au cours de l'année passée. Une baisse justifiée notamment par de moindres bonus, en baisse en raison de résultats moins bons que prévu. Le salaire moyen d'un dirigean s'établit donc à 2,3 millions d'euros. Ce qui n'a rien d'anormal par rapport à ce qui se pratique ailleurs en Europe. Car il serait incongru de comparer les rémunérations américaines et européennes pour de multiples raisons. Le tableau que publie le quotidien économique amène à tirer trois leçons très précises sur les émoluments de nos stars patronales. D'abord sur le fond, l'auto-régulation dont certains ont longtemps considéré qu'elle n'était qu'un mythe fonctionne bel et bien. Certains cris d'orfraie poussés par les actionnaires institutionnels ou individuels au cours de la saison 2012 des assemblées générales ont bien été entendus. Et les comités de rémunération, même s'ils restent bien imparfaits dans leurs compositions et leurs méthodes de fonctionnement, ont bien compris que ce dont ils avaient à traiter allait droit au coeur de l'opinion publique. Et qu'il fallait donc faire preuve de modération. Ensuite sur la forme, il y a une première réflexion qui concerne le salaire le plus élevé : 4,8 millions d'euros. Il est attribué à Maurice Lévy, le président du directoire de Publicis. Mais ce qui est intéressant dans ce salaire - qui ne fait aucunement débat - c'est qu'il est totalement variable. L'intéressé a renoncé à tout salaire fixe, comme c'était le cas de Steve Jobs, le patron d'Apple ou comme c'était le cas, à une certaine époque, des gérants de sociétés en commandite. Un salaire très important par son montant ne choque personne dès lors qu'il est entièrement lié à la création de valeur générée par le management. Cela marque un changement important de l'état d'esprit des actionnaires en particulier et des français en général, qui mérite d'être noté. Et le mérite revient à Maurice Lévy d'en avoir fait la démonstration à ses congénères. La seconde réflexion sur la forme tient à l'importance croissante, dans ces rémunérations, des parts variables. Si Bruno Lafont affiche cette année une rémunération en hausse de 83 %, c'est parce que son bonus a fortement augmenté. Et il a augmenté parce que le patron de Lafarge a coché toutes les cases que ses actionnaires lui avaient assignées en début d'exercice, s'agissant du désendettement, des réductions de coût, du développement sur les pays émergents et de la hausse de la capitalisation boursière. De la même manière, le salaire de Martin Bouygues a chuté de 60 % parce qu'une très grosse partie de sa rémunération est liée, de manière vertueuse, aux résultats du groupe qu'il dirige. Tout cela étant dit, le gouvernement conserve ses idées désuètes sur la régulation du salaire des patrons, comme il a décidé de plafonner de manière inepte celle de certains dirigeants d'entreprises publiques. Ce qui montre que non seulement il n'est même plus à la remorque de l'opinion publique à la manière de Ledru-Rollin qui disait "je suis leur chef, donc je les suis". Mais qu'il est désormais en décalage complet avec le monde des entreprises, celui des actionnaires et même les aspirations des français.
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