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L'emprunt de Versailles

Nicolas Sarkozy veut lancer un grand emprunt national afin de financer des priorités stratégiques. Drôle d'idée alors que notre dette publique dépassera en fin d'année 2.200 milliards d'euros.
A Versailles on parle souvent d'argent. Déjà sous la pompe de Louis XIV, c'était une préoccupation permanente du souverain qui accordait ses faveurs à ceux qui trouvaient les moyens originaux de lever de nouveaux impôts. Ensuite il y eut la période des guerres de 1870 et de 1914-1918 qui se sont conclues dans ce haut-lieu de l'Etat français par des demandes d'indemnités. Malheur aux vaincus ! François Mitterrand réunit pour sa part les grandes puissances de la planète chez le Roi Soleil avant d'aller tendre la sébile chez les émirs pour financer des promesses insoutenables. Et voilà qu'aujourd'hui comme, la rumeur le laissait entendre depuis quelques jours, le Président de la République a annoncé son intention d'émettre un grand emprunt national. Ce qui n'a pas été fait depuis le printemps 1993, avec le fameux emprunt Balladur. Puisqu'il s'agit d'un emprunt, ce n'est pas là une initiative destinée à alléger le fardeau de notre immense dette publique (2.200 milliards d'euros y compris la dette sociale). Nicolas Sarkozy explique que cet argent servira à financer des priorités stratégiques pour que la France soit plus forte en sortie de crise. Très bien, mais la vraie raison n'est pas là. Le problème, c'est qu'avec un déficit budgétaire représentant près de 7,5 % de la richesse nationale et avec une sécurité sociale dont le déficit atteint le niveau record de 21 milliards d'euros, les français qui sont des êtres rationnels commencent à se dire que chaque jour qui passe nous rapproche du moment où il faudra payer toutes ces ardoises, et où les mêmes députés qui ont voté des dépenses gigantesques voteront avec le même enthousiasme des hausses d'impôt brutales. C'est la raison pour laquelle les banquiers commencent à voir se constituer une épargne de précaution, qui pourrait représenter en fin d'année près de 2 % du revenu disponible des ménages, alors que leur taux d'épargne est déjà supérieur à 15 %, un record d'Europe. Si les Français se mettent à épargner, c'est que la consommation va se ralentir, pense-t-on à l'Elysée. Logique ! Donc l'état y perdra en recettes de TVA et en souffle pour l'économie. D'où la nécessité de ne pas laisser la relance au bord du chemin. Plutôt que de laisser cette épargne de précaution s'investir en or, en actions ou dans des livrets A, l'Etat se dit qu'il pourrait la collecter et financer ainsi un second plan de relance. D'autant qu'un emprunt d'état, voilà qui est mobilisateur, fédérateur, unitaire. C'est la même chose qu'un impôt, mais curieusement, c'est populaire. Cela rappelle aux français l'effort de guerre de leurs arriere grands-parents. Et de surcroit cela coupe l'herbe sous le pied des socialistes qui réclament à cor et à cri un grand emprunt européen. Bref cette annonce faite à Versailles permet de joindre l'utile à l'agréable. A condition ensuite de ne pas faire n'importe quoi avec l'argent des français... et avec la signature de l'Etat.
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