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Brexit, 5ème round : Theresa May passe à l'offensive

La Premier ministre doit prononcer cet après-midi un discours devant Westminster, où elle compte durcir le ton vis-à-vis de Bruxelles. De quoi ruiner les derniers espoirs d'un vote favorable du Conseil européen les 19 et 20 octobre.
Theresa May
Theresa May

Après son discours calamiteux lors de la conférence du Parti conservateur la semaine dernière, où elle comptait pourtant asseoir son autorité, Theresa May va tenter aujourd'hui le tout pour le tout. La Premier ministre devrait ainsi affirmer devant les députés britanniques, que "la balle est dans le camp" de l'UE concernant les négociations, et qu'elle avait détaillé à Florence tout ce qu'elle avait à dévoiler pour le moment. Une façon de signifier qu'elle ne compte pas faire de pas supplémentaire lors du cinquième round de négociations.

Les discussions entre la Grande-Bretagne et l'UE reprennent en effet ce soir et devraient se terminer jeudi, avec une traditionnelle conférence de presse. Le ton adopté par la Premier ministre est étonnant, alors que cette nouvelle rencontre est considérée comme cruciale pour le Royaume-Uni, puisque il s'agit de la dernière réunion avant le Conseil européen du 19 et 20 octobre, au cours duquel les 27 Etats doivent se prononcer sur l'avancée des négociations. S'ils estiment que les Britanniques n'ont pas suffisamment fait d'efforts dans les trois domaines d'action prioritaire que sont le sort des résidents européens sur le sol anglais, la question de la frontière avec l'Irlande du Nord et celle de la facture, ils devraient refuser d'entamer les discussions sur l'avenir des relations commerciales. Mais plutôt que de faire de nouvelles concessions, Theresa May a donc décidé d'opter pour le bras de fer, notamment afin de faire taire les critiques venues des plus europhobes des conservateurs.

Plusieurs membres de son parti font ainsi pression pour que la Premier ministre se débarrasse du chancelier de l'Echiquier Philip Hammond, principal défenseur de la fameuse période de transition de deux ans, post mars 2019, présentée par Theresa May à Florence il y a une dizaine de jours. Selon un ancien ministre britannique cité par The Times, le chancelier de l'Echiquier, en faisant pression sur Theresa May pour obtenir une période de deux ans de statu quo, considérée par certains conservateurs comme une perte de temps et un enlisement des discussions, est à l'origine des divisions au sein des Tories. Des rumeurs de remaniement ministériel ont donc circulé ce week-end, concernant un potentiel départ de Philip Hammond et un changement de ministère pour l'incontrôlable Boris Johnson, actuellement aux affaires étrangères. Le secrétaire d'Etat à l'environnement et ancien prétendant à la présidence du parti conservateur, Michael Gove, a lui aussi compliqué la tâche de la Premier ministre en exigeant que la politique européenne commune de la pêche soit exclue de la période de transition, afin que son pays reprenne ses droits en la matière dès mars 2019.

Selon la presse britannique, en durcissant son discours, la Premier ministre espère aussi créer des dissensions entre la Commission, dont le président a déclaré que le Royaume-Uni n'avait pas fourni les efforts nécessaires et les Etats membres de l'UE, dont certains seraient plus favorables au compromis que Michel Barnier. L'Allemagne et la France ont en revanche adopté des positions plutôt fermes à l'égard de la Grande-Bretagne, estimant qu'aucune discussions sur l'avenir commercial ne pourrait être entamée sans un engagement financier de long terme du Royaume-Uni. Downing Street s'est défendu hier en soulignant que ni l'UE ni la Commission n'avaient de leur côté défini ce qu'ils entendaient par des "efforts suffisants", alors que Bruxelles ne cesse de reprocher au Royaume-Uni son manque de précision. 

Le marché de la devise britannique évolue quant à lui au gré des rebondissements politiques du pays : après avoir plongé à la suite du discours raté de la Premier ministre lors du parti conservateur, passant de 1,27 euro fin septembre à 1,11 au lendemain du discours, la devise reprenait quelques couleurs aujourd'hui, à l'aune des discussions avec Bruxelles. Selon Viraj Patel, analyste chez ING, un scénario où la Premier ministre reste au pouvoir et où Boris Johnson quitte le gouvernement serait le plus favorable pour la livre sterling, qui pourrait retourner aux alentours de 1,33 contre le dollar (elle est aujourd'hui à 1,31). Si la Premier ministre démissionne, donnant lieu à une nouvelle campagne pour la direction du parti conservateur, la livre devrait plonger autour de 1,30 voire 1,27 si la BoE renonce à relever ses taux directeurs en décembre. Les sites de paris en ligne montrent que la probabilité d'un départ de Theresa May est en hausse, estimé à 30%, ce qui souligne l'instabilité politique du pays depuis l'échec des conservateurs aux élections anticipées de juin. Dernier scénario envisagé mais peu probable, de nouvelles élections en 2017, qui devraient également plomber la devise. A court terme, les conclusions du 5ème round de négociations devraient influencer la devise cette semaine, qui pourrait remonter contre l'euro si les Européens parvenaient finalement à débloquer la situation.

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