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Pourquoi la guerre commerciale de Trump va se retourner contre lui
Ce qui est facile avec Donald Trump, c'est qu'il est totalement prévisible. Puisqu'il tient toutes ses promesses, même les plus absurdes. Hier la Maison blanche a donc confirmé l'entrée en vigueur des tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium importés, pourtant suspendus à deux reprises dans l'espoir de négocier un accord plus favorable avec l'Union européenne et les autres pays concernés (Mexique, Canada, Australie, Argentine, Brésil...). Les surtaxes de 25 et 10 % sur l'acier et l'aluminium importés annoncées en mars par Washington s'appliquent donc à partir d'aujourd'hui sur la production européenne.
Bien que l'acier européen représente in fine une faible part des importations américaines, Bruxelles a toujours refusé de négocier sous la contrainte, conditionnant toute discussion à la suspension définitive des taxes. De leur côté, les Etats-Unis ont imposé ces tarifs douaniers en mars dernier, en invoquant la défense de la sécurité nationale, un motif qui permet de contourner les règles de l'OMC.
Le fait est que ces taxes douanières pourraient, en effet, protéger certains emplois dans l'industrie sidérurgique américaine, mais beaucoup moins que le nombre d'emplois qui seront perdus. La raison tient au fait que les fabricants d'acier aux États-Unis emploient beaucoup moins de personnes que les industries qui fabriquent des produits en acier importé, comme les constructeurs automobiles. Un peu plus de 400.000 personnes aux États-Unis travaillent dans des emplois métallurgiques, selon l'économiste Jed Kolko qui fait autorité dans ce domaine.
Quatre millions et demi travaillent dans des emplois qui dépendent du métal. Les employeurs des autres industries devront payer davantage pour les matériaux, ce qui rendra leurs produits plus coûteux et moins concurrentiels. Cela les forcera inévitablement à supprimer des emplois, affirment dès aujourd'hui dans la presse américaine, la plupart des économistes et des responsables de l'industrie. Les républicains au Congrès ont qualifié ces droits de douane de "stupides" et "dommageables" après l'annonce de la Maison Blanche, et un groupe de commerce de détail américain a déclaré qu'ils "augmenteront le coût de faire des affaires pour des milliers d'entreprises américaines, y compris les détaillants".
The Trade Partnership, un groupe d'experts économiques, apolitique et très influent à Washington, a estimé en mars que cinq emplois américains seraient perdus pour chaque poste sauvegardé grâce aux droits de douane proposés, soit environ 146.000 emplois au total. Cette estimation supposait que les partenaires des États-Unis dans l'Accord de libre-échange de l'Atlantique Nord, le Mexique et le Canada, seraient exemptés des droits de douane. Maintenant, les pertes vont être encore plus élevées que cette estimation antérieure, a déclaré Laura Baughman, président de ce groupe d'experts, parce que les mesures décidées n'excluent que l'Australie, l'Argentine, le Brésil et la Corée du Sud.
Ce qui est le plus alarmant maintenant, c'est que les importations en provenance du Canada et du Mexique seront également touchées, ce qui augmentera les impacts sur les consommateurs et les emplois au-delà de ceux qui avaient été estimés en mars dernier. Ces pertes d'emplois seront ressenties à travers les États-Unis, comme le montre l'analyse de Kolko, mais particulièrement dans les États « rouillés » et dans le Sud profond, notamment le Michigan, l'Ohio, l'Indiana et le Mississippi.
Mais l'idée selon laquelle les tarifs de l'acier causent des pertes d'emplois n'est pas seulement une théorie propagée par les adversaires de Trump. En 2002, le Président George W. Bush a imposé des droits de douane sur les importations d'acier pour la même raison que Trump, mais y a mis fin lorsque l'Organisation mondiale du commerce les a déclarées illégales. Au cours des 18 mois où les tarifs ont été imposés, une flambée des prix de l'acier a mis 200.000 travailleurs au chômage, selon une étude financée par des entreprises qui achètent de l'acier. L'OMC pourrait également se prononcer sur les tarifs douaniers les plus récents des Etats-Unis, ont déclaré des spécialistes du commerce aujourd'hui. Mais il a fallu 18 mois à l'organe international pour prendre cette décision la dernière fois, alors que les emplois touchés pourraient être perdus beaucoup plus rapidement.
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