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La Banque mondiale inquiète de la hausse de l'endettement privé

Si l'institution n'a pas modifié ses perspectives de croissance pour cette année par rapport à janvier dernier, prévoyant toujours 3,1% au niveau mondial malgré le ralentissement constaté dans plusieurs régions, elle cite la montée de l'endettement des entreprises comme risque majeur pour la stabilité financière. La France est particulièrement concernée par le sujet...
euros - dollars - illustration
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L'économie mondiale est armée pour résister aux récentes turpitudes de certains pays émergents et Etats de la zone euro. C'est en tous cas ce qu'a affirmé la Banque mondiale dans ses nouvelles prévisions de croissance publiées ce matin : l'institution n'a effectivement pas modifié ses chiffres de croissance pour cette année par rapport à janvier dernier, et anticipe toujours une hausse de 3,1% du PIB pour 2018. Soit le même rythme qu'en 2017, et le niveau plus rapide depuis 2011. "La moitié des pays connaissent une accélération de leur croissance. Cette reprise synchronisée pourrait entraîner une croissance plus rapide à moyen terme, l'accélération chinoise et américaine pouvant avoir un effet contagion sur le reste du monde", explique ainsi Shantayanan Devarajan, économiste en chef de la banque mondiale.

Les perspectives de l'institution, qui s'est appuyée sur près d'une demie année de nouvelles données par rapport à janvier, permettent de prendre un peu de recul par rapport aux récentes interrogations concernant un potentiel ralentissement mondial. La zone euro a ainsi montré des signes d'essoufflement depuis le début de l'année, tandis que d'importants pays émergents sont en difficultés : l'Argentine a demandé l'aide financière du FMI, quand la Turquie et l'Indonésie ont de leur côté été contraintes de resserrer plus fort que prévu leur politique monétaire, afin de ralentir les sorties de capitaux de leurs économies. Si la banque mondiale a revu à la baisse ses prévisions pour l'Indonésie justement, mais également pour le Japon et la Russie, elle a en revanche revu à la hausse celles de la Chine (6,5% contre 6,4% anticipé en janvier) , des Etats-Unis (2,7% de hausse contre 2,5% anticipé en janvier), du Brésil (2,4% contre 2%) et du Mexique (2,3% contre 2,1%). Elle n'a par ailleurs pas modifié ses perspectives pour la zone euro, qui devrait croître de 2,1% cette année, avant de ralentir autour de 1,7% et 1,5% en 2019 et 2020.

L'institution cite en revanche plusieurs facteurs susceptibles de faire flancher la croissance cette année, dont le regain de protectionnisme, un resserrement monétaire trop rapide en cas d'accélération de l'inflation notamment aux Etats-Unis ou encore une crise financière liée à des niveaux de valorisation trop élevés. La banque mondiale consacre également tout un chapitre à la hausse de l'endettement privé et le risque que cela représente pour la stabilité financière. Un sujet qui raisonne particulièrement en France, où le Haut conseil de stabilité financière a déjà averti à plusieurs reprises de la montée de l'endettement des entreprises de l'Hexagone. La World Bank elle, souligne que la dette des corporate dans le monde est largement au dessus de son niveau pré crise de 2008 et de sa moyenne de long terme : elle est ainsi passée de 60% du PIB en 2006 à 86% du PIB en 2017. Une hausse particulièrement marquée en Chine (elle représentait 160% du PIB du pays en 2017) mais pas seulement. "En moyenne dans les autres pays du monde, l'endettement privé a augmenté de plus de 10 points de pourcentage entre 2006 et 2017."

Or, avertit la banque mondiale, l'endettement excessif des entreprises met en danger la stabilité du système financier en fragilisant le bilan des banques qui détiennent ces obligations. Le resserrement monétaire et la hausse des taux risquent par ailleurs de peser sur les entreprises les plus endettées, poursuit l'institution. Qui ajoute que la hausse de la dette corporate pourrait également pénaliser la croissance mondiale, les entreprises ayant moins de capitaux disponibles pour investir et renouveler leurs moyens de production.

Les avertissements de l'institution financière ne devraient pas passer inaperçus dans l'Hexagone, où la dette des entreprises non financières a atteint 1600 milliard d'euros au second trimestre de l'an dernier, dont 1000 milliards de crédits bancaires et 600 milliards d'emprunts sur les marchés. Soit une hausse de 11,5 points de PIB depuis fin 2010, contre une baisse de 2,6 points en moyenne dans la zone euro sur la même période. Certes, l'agent emprunté a permis de booster le taux d'investissement des entreprises, et leurs liquidités ont par ailleurs considérablement augmenté. Mais le haut comité de stabilité financière s'est tout de même inquiété en fin d'année dernière, de la hausse des investissements financiers en particulier chez les grands groupes, et invité les banques d'importance systémique à limiter leur exposition aux grandes entreprises résidentes les plus endettées. Des conclusions similaires à celles de la Banque mondiale dans son rapport publié ce matin donc.

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