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Dans un marché ultra-optimiste, Trump se lance dans la fosse aux lions

Alors que le S&P 500 aligne les records, Donald Trump compte remplacer l'Obamacare avant de se lancer dans toute réforme fiscale. Dans son discours devant un Congrès très polarisé, il devra expliquer aujourd'hui comment financer les dépenses militaires sans abandonner ses promesses de campagne.
Donald Trump
Donald Trump

Les marchés américains n’en finissent plus de monter : le Dow Jones a clôturé à un niveau record pour la douzième séance d’affilée ce lundi, du jamais-vu depuis 1987. Les investisseurs attendent impatiemment le ton du discours de politique générale que Donald Trump va prononcer devant le Congrès ce mardi, après un peu plus d’un mois d’un mandat très clivant. « Je vais regarder s’il se concentre sur les mesures pro-croissance ou sur le message populiste », indique Dan Miller, responsable des actions chez GB&W Investments.

L’enjeu est important pour les marchés au plus haut, qui font preuve d’un « optimisme maximal » selon une note des stratégistes de Goldman Sachs. Malgré la hausse de 5,8% du S&P 500 depuis le début de l’année, la banque américaine est assez pessimiste sur le reste de l’année et juge que l’indice finira 2017 à 2300 points, soit en baisse de près de 3% par rapport au niveau actuel. « Le S&P 500 va effacer ses gains récents dès que les investisseurs réaliseront que le coup de fouet de la réforme fiscale sur les résultats des entreprises sera plus faible et tardif qu’anticipé au départ», analyse ainsi David Kostin, chef stratégiste des actions US chez Goldman Sachs.

D’où l’importance que revêt le discours de mardi devant les deux Chambres (qui n’est pas appelé « Etat de l’Union » car le président est nouvellement élu). Le budget est maintenant le prochain sujet de discussion majeure de la nouvelle administration avec le pouvoir législatif, dont ont été révélés des éléments, notamment une hausse de 54 milliards de dollars (10%) du budget militaire, qui sera compensé par une baisse des dépenses non militaires, probablement dans l’aide internationale, mais aussi la volonté de préserver le budget d’assurance maladie (Sécurité Sociale, Medicare et Medicaid). Or, cela représente une vision totalement opposée à celle du parti républicain et de son porte-parole, Paul Ryan, qui plaide pour réduire le déficit fédéral en économisant sur cet important poste de coûts, qui représente 60% des dépenses fédérales, intérêts nets inclus.

Donald Trump devrait donc démontrer qu’il est tout ce que le parti qu’il représente n’est pas : trop à gauche dans les dépenses et le déficit, et trop à droite dans les baisses de dépenses. S’il devrait rester très général avant de présenter son budget le mois prochain, cette intervention pourrait marquer le coup d’envoi de la bataille d’idées avec le Congrès, plus polarisé que jamais. Iconoclaste, l’homme provoque des réactions fortes et très contrastées auprès du public américain : selon un sondage du Wall Street Journal et NBC News, près de 90% des Républicains et plus de 90% de ses électeurs approuvent la politique qu’il a menée depuis son arrivée à la Maison Blanche. Et les mêmes chiffres s’inversent du côté des démocrates et supporters d’Hillary Clinton. Plus marquant, les américains ont déjà un point de vue très tranché sur le président, qui officie depuis à peine plus d’un mois : seuls 8% des sondés ne sont pas sûrs de leur opinion sur le chef de l’Etat, alors que les électeurs avaient accordé le bénéfice du doute à ses prédécesseurs, démocrates ou républicains.

Si Donald Trump pourrait bénéficier d’un Congrès dont la ligne bipartisane est claire dans un premier temps, il n’a pas le soutien de tous les républicains sur ses mesures les plus radicales comme le mur à la frontière avec le Mexique ou le décret sur l’immigration. Son style provocateur et jusqu’au-boutiste pourrait lui attirer les foudres des législateurs les plus modérés, voire susciter des alliances contre lui. S’il a jusqu’à présent pu tenir une ligne dure et maltraiter ses opposants (en particulier la presse, qualifiée d’ « ennemi du peuple »), le Président des Etats-Unis va désormais être confronté à un exercice d’ équilibre périlleux : l’exercice du pouvoir, pour lequel il sera gratifié de ses réussites, mais aussi et surtout de ses échecs.

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