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Les petits mensonges de la réforme fiscale américaine

Dans une tribune, le conseiller économique de Trump démontre en quoi la réforme fiscale est favorable aux travailleurs du pays. Pourtant, les grandes banques US ont vu leurs profits bondir de quelque 2,5 milliards de dollars au premier trimestre, ce qui devrait profiter à leurs actionnaires.
Jamie Dimon - JP Morgan
Jamie Dimon - JP Morgan

 Ce devait être le « cadeau de Noël » de Donald Trump à ses concitoyens, le chantier fiscal capable de rendre l’Amérique « great again », selon les mots de son Président. Ce dernier a obtenu une première victoire législative lorsque le Congrès a voté en fin d’année dernière une grande réforme fiscale, et notamment la baisse de l’impôt sur les sociétés de 35% à 21%. Ses adversaires l’ont aussitôt qualifiée de cadeaux faits aux plus riches et surtout à Wall Street, si bien que les hauts conseillers économiques du Président américain s’échinent encore à défendre ses bienfaits pour l’Américain moyen.

C’est le cas de Kevin Hassett, économiste et président du Council of Economic Advisors, qui a publié une tribune dans le Wall Street Journal, intitulée « les salaires de la réforme fiscale vont aux travailleurs américains ». Il y défend la fameuse théorie du ruissellement, selon laquelle une des entreprises profitables finissent par augmenter leurs paies aux salariés. Il y explique en effet que la « relation entre les entreprises et leurs employés est symbiotique, et non antagoniste », et fait valoir que cette réforme se matérialisera en un bond de salaire de 4 000 dollars pour les forces vives du pays.

Dans le détail, la hausse des profits des entreprises les incite à investir davantage, et c’est déjà le cas dans les statistiques américaines, selon Kevin Hassett, qui invoque la hausse de 6,3% des investissements privés fixes non-résidentiels ou encore celle de 8,9% des équipements en fin d’année dernière. Le problème vient de ce que les banques américaines, qui financent elles-mêmes les entreprises via le crédit, ont indiqué dans leurs résultats trimestriels qu’elles n’avaient pas encore observé de hausse notable des demandes de prêts par les entreprises. « Ce n’était pas le ton des conférences téléphoniques » des banques, regrette Jason Benowitz, analyste chez Edward Jones. « Nous devons reconnaître que la réforme fiscale est dans ses prémices », a ainsi glissé Marianne Lake, CFo de JP Morgan, en guise d’explication sur des divisions de prêt en hausse moins vive qu’attendu par les marchés.

Deuxième argument avancé sur le thème du ruissellement : la hausse des investissements augmente les capitaux par travailleur et donc leur productivité, ce qui se fait déjà sentir puisque la contribution du capital à la productivité est revenue dans le vert, à 0,3% en 2017, selon lui. Ce cercle vertueux se clôt avec les hausses de salaires pour rester compétitif, or Kevin Hassett met en valeur les bonus exceptionnels accordés par 500 entreprises US au bénéfice de 5 500 employés depuis le début de l’année, et le relèvement des salaires minimum par de grands noms comme Walmart. Reste que la pression sur les salaires tarde à se faire ressentir en ce début d’année, et n’a pas encore vraiment tiré l’inflation, comme attendu par les économistes. Enfin, les hausses de salaires vont-elles-même tirer la croissance, attendue à près de 3% en 2018 et 2019 par l’OCDE grâce à l’impact de la réforme fiscale.

Mais les données publiées par les banques américaines montrent qu’elles sont les premières gagnantes de cette coupe fiscale : les plus grandes banques américaines ont vu leurs profits grimper de 2,5 milliards de dollars au premier trimestre grâce aux seules baisses d’impôts sur les sociétés. Certaines d’entre elles ont joué le jeu ert dévoilé leur profit pre-tax, qui est en hausse de 15% chez Bank of America, contre une hausse de 36% du bénéfice par action après impôts. Or, les investisseurs « veulent voir que ces économies tombent en bas du compte de résultats », selon Ravi Gomatam, analyste chez Zion Research. Alors que leurs cours ont été sous pression même après la publication de ces bons résultats, les banques sont elles aussi tenues d’offrir toujours plus de rendement aux actionnaires, surtout dans une période d’activité médiocre. S’il en est de même dans les entreprises américaines, les travailleurs risquent de voir le cadeau fiscal réduit à la partie congrue.


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