Crédit Agricole profite à plein du plan Eureka et bichonne ses actionnaires
« Eureka ! », peuvent murmurer les actionnaires de Crédit Agricole après la publication des résultats du troisième trimestre. Car non seulement la banque verte est parvenue à sortir son épingle du jeu dans un environnement de taux bas difficile pour les banques, mais a en outre engrangé les profits de son opération du même nom, visant à simplifier l’organigramme du groupe Crédit Agricole. Il publie ainsi un PNB sous-jacent (retraité d’éléments non récurrents comme les couvertures de prêts, les spreads émetteurs et l’ajustement du coût de refinancement de LCL) en hausse de 4,4% au sein du Groupe Crédit Agricole à 1,8 milliard d’euros et même de 12% au niveau de CASA, à 4,4 milliards d’euros. Si la banque de détail est encore en baisse de 2,4%, notamment en raison des faibles taux d’intérêt qui ne sont pas encore compensés par la hausse des renégociations de crédits immobiliers, la gestion d’actifs via Amundi et le pôle grande clientèle tirent les résultats du groupe.
Amundi a ainsi dégagé un résultat net part du groupe en hausse de 6,9%. Une performance dans un contexte particulièrement chahuté et volatil à la suite du Brexit, lié à « une bonne résistance des revenus et une stricte maîtrise des coûts ». Le numéro un européen de la gestion d’actifs continue à afficher de solides collectes nettes (39 milliards d’euros au troisième trimestre,) et a passé la barre des 1000 milliards d’euros sous gestion, à 1054 milliards d’euros à fin septembre. Mais il reste encore loin du leader mondial du secteur et compte encore grossir dans un secteur où la taille critique prime. Lors de la conférence téléphonique des résultats, Philippe Brassac a d’ailleurs confirmé qu’Amundi allait déposer une offre sur Pioneer Investments, la filiale de gestion d’actifs d’Unicredit, tout en précisant : « il faut être raisonnable, prudent. Amundi va rester sur sa proposition de retour sur investissement de 10% dans les trois ans ». Amundi est donc déterminé à ne pas se lancer à n’importe quel prix, et a déjà vivement démenti la valorisation de 4 milliards d’euros sortie dans la presse.
Crédit Agricole a aussi réussi à faire contre mauvaise fortune (des taux au plus bas) bon cœur dans le pôle grande clientèle, qui affiche des revenus en hausse de 23,6%. Et cela, grâce à la force de son offre commerciale : « il s’agit de l’activité la plus élevée des cinq dernières années au T 3, grâce à notre activisme dans la titrisation, les émissions obligataires en euros et les financements structurés », juge Philippe Brassac. Et de rappeler le bon classement de la banque verte dans les league tables : numéro 2 des émissions obligataires en France ou des convertibles en euros, numéro 4 des émissions au plan mondial…
Ces bonnes performances s’accompagnent de la confirmation de la solidité financière du groupe, comme en témoignent les derniers ratios Core Tier One, à 14,4% pour Groupe Crédit Agricole et 12% pour CASA. Ces niveaux sont bien au-dessus des seuils de restriction des distributions fixés par la BCE (7,25% et 7,75% d’ici début 2017, et même 8,5% et 9,5% d’ici début 2019). Si ces ratios ne sont pas encore officiels, Crédit Agricole a voulu, comme ses concurrents, sortir du bois et pouvoir ainsi annoncer officiellement sa politique de dividende. Il versera ainsi un dividende de 60 cents par titre cette année, qui a déjà été impacté dans les comptes à fin septembre, et s’est engagé à maintenir un ratio de distribution de 50%, tout en assurant qu’il n’irait pas sous ce niveau de 60 cents. Un soulagement pour les actionnaires qui s’interrogent sur le niveau de rentabilité du groupe l’an prochain, post-plan Eureka, et la capacité du groupe à les rémunérer. A plus d’un égard donc, Crédit Agricole a démontré la solidité de son activité en période de forte volatilité, mais aussi de sa position financière pour rester libre de sa politique e, termes de dividendes.
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