Tikehau, le futur Blackstone européen ?
2017 aura été une année particulièrement transformante dans l’histoire de Tikehau. Le groupe a non seulement organisé son introduction en Bourse, qui lui a permis de simplifier sa structure et d’obtenir une capitalisation boursière de 1,5 milliard d’euros, mais aussi et surtout de gagner en visibilité auprès des investisseurs internationaux grâce à son précieux ticker. Il a également accompli le Grand Chelem, c’est-à-dire une augmentation de capital de plus de 700 millions d’euros en juin, et une émission obligataire de 300 millions d’euros avec un coupon de 3% en novembre.
Outre ces importantes étapes, Tikehau a signé un exercice de très belle facture, où les revenus ont progressé de 47% à 57,9 millions d'euros et le résultat net est passé de 124 à 314 millions d'euros. Il a par ailleurs continué à collecter des capitaux nets sur l’ensemble de ses stratégies (dette privée, immobilier, actifs liquides et private equity) lors de ce premier exercice complet comme entité publique. « A fin 2017, nos actifs sous gestion se montent à 13,8 milliards d’euros, soit au-dessus de notre objectif. Grâce à l’augmentation de capital et l’émission obligataire, Tikehau a également ouvert tous les canaux de financement », se félicite Mathieu Chabran, cofondateur du groupe avec Antoine Falmarion en 2004, avec seulement 4 millions d’euros. Sans compter le très réussi coup de projecteur lorsqu’il a annoncé l’arrivée de François Fillon, l’ex-Premier ministre, comme associé en septembre dernier.
Pari réussi donc pour les jeunes prodiges de la finance, qui sont parvenus à créer un acteur indépendant de poids dans la gestion d’actifs en Europe, et à faire oublier le psychodrame de leur immixtion au capital d’Eurazeo. Il reste d’ailleurs actionnaire minoritaire à plus de 7% du groupe dirigé par Virginie Morgon, qui affiche lui aussi des ambitions dans la diversification des actifs avec la reprise d’Idinvest en fin d’année dernière. Pour convaincre, Tikehau mise sur une présence locale avec des bureaux sur l’essentiel des marchés européens (Bruxelles, Milan, Madrid) mais aussi à Singapour et en Corée, et aujourd’hui en Amérique du Nord, soit un total de 200 personnes et de 18 nationalités différentes. Lui aussi a ouvert un bureau aux Etats-Unis l’an passé, et a pour objectif de se faire mieux connaître des grands institutionnels et bailleurs de fonds anglo-saxons.
« Notre objectif est de pousser l’internationalisation de nos investissements et de nos investisseurs. Nous offrons une stratégie complète et attractive d’actifs privés européens, notamment pour des acteurs anglo-saxons surexposés à la Grande-Bretagne », fait valoir Mathieu Chabran. L’élection d’Emmanuel Macron a sans aucun doute contribué à redorer l’image de la France auprès d’investisseurs nord-américains, qui étaient échaudés par l’insécurité juridique ou le marché du travail hexagonal. Ces derniers ont en outre besoin de diversifier leurs allocations dans le cadre d’un Brexit encore incertain, après avoir favorisé des actifs près de leurs bureaux londoniens. Preuve de ce changement de braquet : un investisseur californien venu passer la semaine à Paris pour rencontrer des gérants mais aussi des cabinets ministériels et des syndicats, une situation impensable il y a encore peu.
Pour parvenir à son objectif de devenir un leader européen de la gestion privée diversifiée, Tikehau aura aussi probablement besoin d’avoir recours à la croissance externe, après avoir déjà procédé aux acquisitions de Salvepar, Duke Street ou encore la dette senior de Lyxor. « Nous avons 2,5 milliards d’euros de fonds propres, 975 millions d’euros de trésorerie et 900 millions d’euros de dette non tirée, donc nous avons les moyens de participer à des M&A mais nous serons très sélectifs », prévient Mathieu Chabran.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

