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Mario Draghi plus inquiet des banques que du Brexit

Le président de la BCE a reconnu que les risques pour la zone euro étaient orientés à la hausse depuis le Brexit mais estimé que les marchés avaient plutôt bien résisté. Il s'est en revanche inquiété des prêts non performants de certaines banques européennes, estimant qu'il faudrait trouver une solution rapidement. 
Mario Draghi
Mario Draghi

Comme prévu, Mario Draghi n'a rien annoncé de particulier aujourd'hui lors de la réunion de politique monétaire des gouverneurs de la BCE, trois semaines pourtant après le bouleversement provoqué par le Brexit. "Le meeting est finalement intervenu à la fois trop tard et trop tôt par rapport à la date du 23 juin", explique ainsi Carsten Brzeski, analyste chez ING, "trop tard pour enrayer les perturbations de marchés, qui se sont repris d'eux-mêmes depuis, et trop tôt pour que la BCE ait une idée assez précise de l'impact qu'aura la sortie de la Grande-Bretagne sur l'économie européenne". Interrogé à plusieurs reprises sur les conséquences du vote, Mario Draghi a d'ailleurs souligné l'étonnante résilience des Bourses depuis le 23 juin, en partie aidé par la fourniture abondante de liquidités de la Banque d'Angleterre et la politique coordonnée et bien préparée des banques centrales.

Mais le président a effectivement également répété que la BCE attendait d'avoir une image plus nette de l'impact du Brexit sur la conjoncture, notamment une fois que le staff de la BCE aura publié ses nouvelles prévisions économiques, avant de décider quoi que ce soit. "Le communiqué publié par la BCE n'a quasiment pas changé par rapport à celui du mois de juin et si Draghi a reconnu que le Brexit constituait un risque supplémentaire, il a cependant maintenu son scénario central d'une reprise lente et progressive de la croissance et l'inflation en zone euro", résument ainsi les analystes de BNP Paribas. Ceux-ci estiment aussi que le président est resté "relativement vague" quant aux conséquences du vote et aux mesures que la BCE pourrait adopter.

Mario Draghi a par conséquent réaffirmé que les taux directeurs resteraient à leurs niveaux actuels ou plus bas "sur une période prolongée et bien au-delà de l'horizon fixé pour les achats d'actifs" (censés prendre fin en mars 2017). Afin de donner des signes de gage aux marchés, le président a tout de même affirmé que la BCE se tiendrait "prête à agir" et était "déterminée" à le faire, en utilisant tous les moyens à sa disposition, en cas de ralentissement plus fort que prévu et afin de lui permettre d'atteindre ses objectifs d'inflation. 

L'un des sujets qui inquiète visiblement davantage le président que le Brexit, du moins pour le moment, est celui des prêts non performants de certaines banques européennes. Selon lui, les marchés et les gouvernements devront rapidement trouver une solution pour régler ce sujet, qualifié de "problème important", notamment parce qu'il remet en question la bonne transmission de la politique monétaire de la BCE. "Notre économie européenne est fondée sur les banques, qui sont les principales fournisseuses de crédit. Si les banques connaissent un fort recul de leurs cours boursiers, notamment en raison des prêts non performants, ceci va entraîner une hausse du coût du capital et une restriction des crédits accordés de leur part", a ainsi souligné le président.

Selon lui, les gouvernements devront régler le sujet via trois piliers distincts : "une supervision solide, un marché des prêts non performants (NPL) fonctionnant normalement, et la mise en place de la part des autorités de nouvelles législations pour empêcher l'accumulation des NPL". Le président a même évoqué en dernier recours la création d'un outil de backstop. Mario Draghi a cependant rassuré sur la solvabilité des banques, dont le ratio tiers one est désormais de 13% en moyenne contre 9% en 2012 ; une amélioration permise par les différentes législations mises en place depuis quatre ans. "Le problème actuel est lié à la faible profitabilité de certaines banques" a martelé le président. Les résultats des stress tests publiés la semaine prochaine par l'EBA donneront une meilleure idée des institutions les plus fragiles et des Etats qui devront par la suite mettre des solutions pour réduire ces NPL. Si Mario Draghi n'a cité aucun pays en particulier, il est évident que la situation des banques italiennes est un sujet d'inquiétude au sein de la BCE. 

Du point de vue de la politique monétaire générale, il faudra en tout cas attendre la réunion de septembre pour connaître les intentions des gouverneurs : selon la majorité des analystes, le président devrait alors annoncer une extension du programme de rachat de titres au-delà de mars 2017 et éventuellement une hausse de la part de chaque ligne obligataire achetée par pays (actuellement la BCE ne peut pas racheter plus de 30% du volume de titres souverains d'un Etat). 


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