Régulation des matières premières : de la dentelle
Pour les professionnels des matières premières, les régulateurs doivent prendre en compte les spécificités de chaque marché.
A la surprise générale, le prix du baril du pétrole a chuté de plus de 10 dollars et l'once d'argent a perdu 10% de sa valeur hier. Cette volatilité semble plaider pour une régulation plus poussée des marchés de matières premières. Mais celle-ci n'est pas sans limite ni inconvénient. C'est ce qu'ont souligné les professionnels, lors d'un colloque organisé ce matin.
Poussés par le douloureux souvenir des émeutes de la faim en 2008, les principaux pays du G20 ont déjà bien entamé leurs travaux pour tenter de réduire la volatilité sur les marchés de matières premières. Mais les solutions sont d'autant moins évidentes que chaque secteur a sa spécificité. Par exemple, l'évolution du cours du pétrole peut être analysée en fonction des stocks disponibles, mais cette approche est inapplicable pour l'électricité, qui ne peut être conservée. Parfois, réduire la volatilité semble impossible, comme pour les denrées agricoles. "Si on veut réguler l'offre, il faut réguler le climat", a lancé Michel Portier, agriculteur et expert en gestion des risques.
Même si les régulateurs plaident pour que les différentes mesures soient coordonnées au niveau international, ils devront "prendre en compte la spécificité de chaque matière première", souligne Fadhel Lakhoua de la Commission de Régulation de l'Energie. Les régulateurs sont particulièrement mal équipés, voire inexistants. L'Union s'est bien dotée d'une autorité de régulation des marchés financiers, mais elle n'a pas de régulateurs sectoriels susceptibles de transmettre des informations sur chaque marché physique.
Faire du sur-mesure, c'est bien ce que demandent les professionnels. "Ce serait une catastrophe de supprimer les exemptions pour les commerciaux", a insisté Michel Portier, alors que la Commission est en train d'élaborer les nouvelles contraintes qui vont s'appliquer aux traders de produits dérivés. Si jamais les exemptions étaient supprimées, de nombreux acteurs pourraient se retirer du marché, au risque d'entraver la formation des prix. Pour l'agriculteur, l'important est de pousser à la constitution de stocks. Evaluer le niveau des réserves disponibles au niveau mondial est plus difficile car les pays émergents ne souhaitent pas transmettre ces données stratégiques.
"Attention à ne pas aller trop vite", met quant à lui en garde, Frédéric Baule, General Manager chez Total Oil Trading SA. Ce connaisseur du marché du pétrole estime que les professionnels ont largement anticipé la régulation. Notamment en compensant leurs produits dérivés. Mais ils s'inquiètent du passage forcé des contrats échangés de gré à gré vers des plateformes électroniques. Pour lui, il est beaucoup plus simple de s'informer auprès des différents acteurs du marché OTC que de tenter d'interpréter les échanges enregistrés sur les plateformes électroniques. Et de conseiller aux régulateurs de s'intéresser davantage aux algorithmes de trading qui peuvent capter la liquidité. "C'est cela que le régulateur aura intérêt, un jour ou l'autre, à réguler", assure-t-il.
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