Taux - Dette Souveraine / Taux-dette souveraine / Politique économique
Taux - Dette Souveraine
Taux-dette souveraine / Politique économique
Les Etats européens profitent de la faiblesse des taux pour émettre à long terme
Selon une information du Wall Street Journal, mais qui circule depuis le printemps sur les marchés, l'Italie s'apprêterait à tester l'appétit des investisseurs à très long terme, dès la semaine prochaine. Le pays pourrait ainsi lancer une obligation à 50 ans, la première de son histoire, afin de profiter de la faiblesse historique des taux sur le marché de la dette européenne, permise par le programme de rachats de titres de la BCE. Les titres italiens se traitent ainsi en territoire négatif jusqu'avril 2019, tandis que l'échéance la plus longue, actuellement disponible sur le secondaire, à maturité 2047, s'échangeait aujourd'hui à 2,25%. Rappelons qu'au plus fort de la crise de la dette, en 2012, les titres italiens à dix ans se traitaient à un taux de plus de 7% !
L'Italie n'est pas la première à tenter le très long terme et plusieurs autres Etats européens ont décidé d'allonger la maturité moyenne de leur dette depuis le début de l'année. Si le mouvement d'extension des échéances avait déjà commencé en 2015, selon les analystes d'HSBC, il s'est accéléré au printemps dernier avec une série d'émissions de long terme : l'Irlande et la Belgique ont ainsi émis des titres à 100 ans en mars et avril dernier, pour des montants certes inférieurs à 1 milliard mais à des taux record de respectivement 2,35% et 2,30%. La France s'est quant à elle rendue sur les marchés en avril pour une émission à 50 ans qui s'est adjugée à moins de 2% contre 4% lors de la dernière adjudication de même échéance, en 2010. L'Espagne enfin lui a emboîté le pas en mai et émis de la dette à 50 ans assortie d'un taux de 2,64%, emportant une demande plus de trois fois supérieure à l'offre. "Il est compréhensible pour des Etats d'émettre à très long terme en ce moment vu la faiblesse des taux", commente ainsi Patrick Jacq, stratégiste chez BNP Paribas. "Même les corporates commencent à émettre à taux négatifs", poursuit-il, preuve selon lui de la situation exceptionnelle du marché depuis quelques mois.
Si les fonds de pension et les assureurs restent les principaux acheteurs de ce type d'émissions de très long terme, les hedge funds sont de plus en plus nombreux à investir dans ces papiers. Les premiers affichent ainsi une part relativement stable, de respectivement 19% et 34% des allocations à plus de 15 ans émises par les pays core de la zone euro, selon les chiffres de Bank of America Merril Lynch. La part des hedge au contraire est passée de 9% en 2014 à 17% en 2016 : "les fonds d'investissement aiment acheter de la convexité (ndlr. plus la duration du titre est élevée, plus le prix de ce dernier est volatile et réagira fortement à une variation de taux d'intérêt) et les émissions à long terme sont celles qui en apportent le plus", explique encore Patrick Jacq. Preuve que les hedge funds misent sur une poursuite de la baisse des taux, qui leur permettrait ainsi de réaliser de beaux rendements en vendant leurs titres à 30 ou 50 ans avant échéance.
Si le rendement des obligations de la zone euro était en hausse ce matin, en raison du manque de précision de Mario Draghi hier sur une éventuelle prolongation du programme de rachats de titres au-delà de mars 2017, les taux devraient rester globalement très bas. Mario Draghi a effectivement déçu les marchés en précisant que les gouverneurs n'avaient pas discuté d'une extension du QE. Du coup, le taux des obligations allemandes, italiennes et espagnoles grimpait de 1 point de base à la mi-journée. Mais les marchés sont capricieux car le président a tout de même affirmé dans le communiqué initial que le programme de rachats de titres "pourrait être étendu au-delà de mars 2017 si les conditions l'exigeaient" et assuré que les taux directeurs resteraient durablement bas. Ce qui devrait permettre aux Etats européens de continuer à émettre à des taux records, et d'en profiter pour allonger la maturité de leur dette.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

