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Politique monétaire
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BCE, des gouverneurs divisés sur le tapering

Le compte rendu de la dernière réunion de la Banque centrale met en lumière les difficultés des gouverneurs à se mettre d'accord sur le rythme du tapering. Et ce, alors que le bilan de la BCE a grimpé de 20% en 2017, principalement en raison des achats de titres mensuels.
Vitor Constancio et Mario Draghi
Vitor Constancio et Mario Draghi

La publication du compte-rendu de la dernière réunion de politique monétaire de la BCE cet après-midi est instructive à plus d'un titre. D'une part parce que les échanges concernant l'inflation soulignent que les gouverneurs sont encore très prudents quant au retour de l'indice des prix vers l'objectif de 2% visé par la BCE. Or de cet objectif dépendra le resserrement des taux, et la communication adoptée par Mario Draghi au sujet de l'inflation est donc essentielle pour permettre aux marchés d'envisager un calendrier de remontée des taux directeurs. Selon les minutes, "alors que l'inflation ne devrait converger que très progressivement vers les 2%, la patience et la persistance de notre politique monétaire demeure nécessaire". Des propos qui devraient conforter les anticipations des investisseurs, qui n'envisagent pour la plupart aucune hausse des taux avant la fin du premier trimestre 2019.

Le compte-rendu témoigne aussi de divergences entre les gouverneurs, quant à la façon de communiquer sur le tapering (ndlr. fin du programme d'achats de titres). "Certains membres ont exprimé leur volonté de ne plus utiliser le biais accommodant relatif au tapering, afin de souligner la confiance des gouverneurs dans l'ajustement progressif de l'inflation", peut-on lire dans les minutes. "Mais il a finalement été décidé que cet ajustement était prématuré et pas vraiment justifié par un plus grande degré de confiance", poursuit le compte-rendu. Du coup, Mario Draghi a effectivement affirmé lors de la dernière conférence de politique monétaire en janvier, que les achats de titres par la BCE dureraient jusque fin septembre 2018, "ou au-delà si nécessaire, et, en tout cas, jusqu’à ce que le Conseil des gouverneurs observe un ajustement durable de l’évolution de l’inflation conforme à son objectif". Les gouverneurs les plus "faucons" auraient visiblement préféré supprimer cette dernière partie de la phrase, afin de donner aux marchés une date claire et nette de fin des achats de titres.

L'une des raisons pour lesquelles certains gouverneurs défendent un resserrement plus rapide de la politique monétaire concerne sans doute l'extension de la taille du bilan de la BCE, qui, selon les résultats annuels dévoilés ce matin, a grimpé de 19% l'an dernier. Et ce, justement en raison des "achats de titres effectués dans le cadre de l'Asset Pruchase Program", précise le communiqué. Le bilan de la banque des banques a donc atteint 414 milliards d'euros en 2017, contre 349 milliards en 2016. Certes, le produit net d'intérêts provenant de ce même programme d'achats a dans le même temps progressé de 140 millions l'an passé, à 575 millions d'euros, permettant notamment à la BCE d'afficher une augmentation de son bénéfice net de 82 millions d'euros, à 1.275 millions. Mais certains gouverneurs semblent craindre qu'à trop retarder la sortie des achats de titres, la BCE ne prenne le risque de ne plus avoir de munition en cas de retournement de cycle. Et qu'elle n'ait pas eu le temps de réduire la taille de son bilan d'ici là.

"Nous pensons malgré tout qu'une majorité des membres de la BCE est opposée à une sortie abrupte de QE, dès le mois de septembre", commentent néanmoins les équipes d'ING. Selon elles, la BCE devrait modifier sa communication sur le tapering le plus tard possible, car dès qu'elle l'aura fait, les marchés commenceront à spéculer sur la première hausse des taux d'intérêt entraînant ainsi un resserrement des conditions financières en zone euro. "Nous continuons de penser que la BCE prolongera ses achats de titres de quelques mois, potentiellement jusqu'en décembre 2018, et qu'elle remontera les taux pour la première fois six mois plus tard", conclut James Knightley, chef économiste chez ING.

Les divisions au sein des gouverneurs, et le début des tractations pour savoir qui remplacera Mario Draghi à la fin de son mandat à l'automne 2019, pourraient cependant influencer le cours de la politique monétaire dans les prochains mois. Car si, comme l'Allemagne l'espère, c'est Jens Weidmann qui remplace l'actuel président, ce dernier, considéré comme plus "hawkish" pourrait faire pression pour que le resserrement des taux soit déjà bien entamé avant qu'il ne prenne le poste. Si toutefois c'est lui qui est choisi !

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