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Rapport Villani : un cadre pour inciter les entreprises françaises à investir dans l'IA

Si les entreprises françaises sont déjà plus d'un tiers à utiliser l'intelligence artificielle, la publication du rapport du député Cédric Villani, qui apporte une vision globale et stratégique sur l'IA, devrait les inciter à accroître leurs investissements dans le domaine, pour combler le retard pris par rapport aux Etats-Unis.
Cédric Villani - Intelligence Artificielle
Cédric Villani - Intelligence Artificielle

Le ministre de l'économie Bruno Le Maire et le président Emmanuel Macron seront présents aujourd'hui au sommet sur l'intelligence artificielle qui se tient au Collège de France, afin de présenter leur stratégie nationale sur le sujet. Vision stratégique qui devrait notamment permettre de faire émerger des champions de l'IA dans l'Hexagone, et aider le pays à rattraper son retard dans le domaine, en particulier par rapport aux Etats-Unis. Car si les entreprises françaises sont bien conscientes des enjeux que l'intelligence artificielle représente pour leur futur développement, elles sont encore insuffisamment investies dans ce secteur.

Selon une étude intitulée « Les entreprises françaises sur la voie de l’intelligence artificielle » publiée en début de semaine par Tata Consultancy Services en effet, 52% des sociétés de l'Hexagone se disent aujourd'hui sensibles aux enjeux de l'IA et 36% d'entre elles l'utilisent déjà. Mais seules 16% ont des projets de mise en place dans le secteur dans les trois prochaines années. "La situation est en train de changer rapidement", tempère cependant Yves Pizay associé au sein du cabinet de conseil en stratégie Kea&Partners. "Nous avons constaté un changement de discours de la part des décideurs qui ont compris que la data était un élément stratégique pour leur développement topline et bottomline", poursuit l'associé. Et de citer notamment les cas d'Orange Bank ou Crédit Mutuel qui ont largement investi dans le secteur et sont quasiment parvenus à la phase d'industrialisation de leurs projets. Plus de la moitié des entreprises françaises sensibilisées à l'IA y consacrent d'ailleurs un budget annuel supérieur à 300 000 euros et 37% d'entre elles envisagent même de dépenser plus d'un million dans le secteur, toujours selon l'étude de Tata Consultancy Services. Preuve que les projets des sociétés de l'Hexagone dans l'IA ont gagné en maturité. Mais le nombre de chercheurs français et de brevets déposés dans le domaine, souligne que l'Hexagone devra mettre les bouchées doubles pour être la pointe de l'innovation dans le domaine et ne pas se laisser dépasser par les géants américains.

A ce titre, le rapport dévoilé hier soir par le député LREM et mathématicien Cédric Villani sur l'intelligence artificielle propose ainsi une série de recommandations sur le sujet, et notamment un meilleur accès aux données, le développement de la recherche, en rémunérant et formant davantage de personnes dans l'intelligence artificielle et l'encadrement du secteur afin de continuer à protéger les données personnelles, mais dans un cadre nouveau et plus vaste.

"Ce rapport apporte enfin une vision stratégique et systémique sur l'intelligence artificielle, au niveau français et européen, qui va donner un cadre de jeu aux entreprises et leur permettre de ne plus hésiter à investir dans le domaine", explique encore Yves Pizay. "De la même manière qu'il y a un Airbus européen, les pouvoirs publics se rendent compte qu'il est essentiel de développer des acteurs de la data au niveau européen", poursuit l'associé. Selon lui, la publication du rapport et la stratégie que le président compte mettre en place pour développer l'intelligence artificielle arrivent à point nommé, au moment où l'Europe semble enfin mettre en place une politique commune pour protéger ses propres acteurs du numérique, avec la taxe sur les GAFA et l'entrée en vigueur le 25 mai prochain du RGPD européen (règlement général pour la protection des données).

Le rapport Villani et la stratégie du gouvernement devraient également aider les dirigeants des grandes entreprises françaises , qui ont clairement compris les enjeux de l'intelligence artificielle pour leur business, à mieux convaincre leurs équipes en interne (parfois réticentes aux changements trop rapides ou radicaux), et leurs actionnaires, pour qui les investissements doivent avoir un rendement rapide et facilement palpable. Le développement de la recherche et la formation dans le domaine de l'IA devrait aussi permettre aux entreprises d'embaucher plus facilement : "il n'est pas toujours évident de trouver les compétences dans le domaine, de nombreux chercheurs partent aux USA et il y a une pénurie de personnes formées à l'IA", explique de son côté Romain Aeberhardt, Senior Manager du cabinet de conseil en data science Veltys. Enfin, les entreprises françaises et européennes devront aussi accepter de se mettre en commun (notamment concernant le partage de données), pour accroître leur force de frappe dans le domaine. Un changement de mentalité pour certaines d'entre elles, davantage habituées à travailler dans la compétition que dans le partage d'informations et de bonnes pratiques. "Il va falloir sortir du cadre traditionnel des entreprises, car c'est à plusieurs qu'elles seront fortes pour innover", conclut Romain Aeberhardt. 

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