Fonds activiste en difficultés : l'arroseur arrosé
On a tous en tête ces premières images du cinématographe rendues célèbres par le génial Louis Lumière : l’arroseur arrosé. Plus d’un siècle après, c’est ce qui est en train d’arriver à ce fonds activiste suisse, RBR, si prompt à donner des leçons de stratégie et managériales à toutes ses cibles, et actuellement en grandes difficultés financières. Son problème ? Il vient d’entamer la liquidation de deux fonds actions « long-short » pour se concentrer sur un véhicule après avoir subi de plein fouet la chute de plusieurs de ses participations. Et notamment la réduction de moitié de la valeur allemande Dialog Semiconductor.
RBR s’est fait un nom dans la finance suisse et plus largement européenne en prenant des parts dans de grandes entreprises et en réclamant des réorganisations, réductions de coûts ou évolutions de gouvernance. Avec parfois quelques succès puisqu’à l’issue de ses campagnes contre l’asset manager Gam ou le spécialiste de services aéroportuaire Gategroup, racheté ensuite par le Chinois HNA, il a obtenu un retour sur investissement de 130% en l’espace de deux ans et demi.
Plus récemment, il a porté son dévolu sur Crédit Suisse, lui intimant de se scinder en trois en vendant la banque d’affaires et en conservant séparément la banque de réseau et la gestion privée, histoire de doubler la valeur d’entreprise... Sommation que le patron de la banque, Tidjane Thiam, a prise très au sérieux et tente d’éteindre par tous les moyens. Il a tout dernièrement rencontré le dirigeant du fonds activiste, Rudolf Bohli, à cet effet dans l’optique de le convaincre qu’il faisait tout ce qu’il pouvait pour réduire les coûts et mener une stratégie offensive. En vain ?
Si Rudolf Bohli se montre implacable vis-à-vis des sociétés dans lesquelles il s’invite avec pourtant peu de moyens (il n’a que 0,2% du capital de Crédit Suisse), il est assez « piquant » de voir que ses choix d’investissement sont loin d’avoir été tous gagnants et qu’il subit lui-même le contre-coup d’une mauvaise gestion. Ce qui ne devrait pas manquer de faire sourire tous les groupes aux mains de ces investisseurs tant redoutés, qui ne lésinent pas sur les artifices pour les déstabiliser. Comme quoi, l’art de diriger une entreprise est loin d’être une science universelle aux réponses indissociées et avant de donner des leçons aux autres, il est bon de faire le ménage chez soi !
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